CHAPITRE II 5i
-continue-t-il pas? » On lui répondait : ce II ne veut rien faire sans toi. » — a Ah! répliqua Filippo, je ferais bien sans lui, moi. » Plus tard, Brunelleschi consentit à se rendre au conseil, ce Si j'étais mort dans •cette crise, dit-il, les travaux eussent donc été interrompus. Pour qu'il n'en soit pas ainsi, dans le cas où je retomberais malade, ou que •Ghiberti, que Dieu le protège, le devînt à son tour, je pense que Vos Seigneuries devraient diviser le travail comme vous avez divisé les appointements. Chacun resterait ainsi dans sa spécialité, prouverait son savoir, et ferait honneur à la République. Deux problèmes difficiles restent à résoudre. L'un, c'est de construire en dedans et au dehors les échafaudages pour les ouvriers; l'autre, de fixer la chaîne pour relier les huit faces de la coupole. Confiez Tun ou l'autre de ces travaux à Lorenzo, moi je prendrai celui qu'il me laissera. » Lorenzo fit contre mauvaise fortune bon cœur, en acceptant la proposition, et <:hoisit la pose de la chaîne, la croyant moins difficile que celle des échafaudages, et comptant sur Taide des maçons. Tant bien que mal la chaîne fut posée, mais si imparfaitement contre une des faces de la •coupole, qu'on dut recourir de nouveau à Brunelleschi. Il démontra -que le travail qui avait été fait ne pourrait résister au poids énorme qu'il était destiné à soutenir, et il indiqua les moyens à employer pour que le reliage se fît de nouveau.
Convaincue enfin que Brunelleschi était seul à la hauteur de sa mission, l'administration lui confia, le i3 avril 1443, l'entière direction des travaux, le titre de chef inamovible, et une allocation, d'abord de •cinquante et ensuite de cent florins par an K
L'engagement de Ghiberti devait être de trois ans encore ; il s'en prévalut, dit-on, et n'en toucha pas moins jusqu'au bout le salaire de trois florins par mois pour un travail auquel il ne contribuait plus.
Revenons maintenant sur nos pas pour étudier les autres événements de la vie de Ghiberti, avant et pendant Tannée 1424.
Dans son second Commentaire^ l'artiste nous fait la confidence
I. M. Milanesi dit que Ghiberti fut Tassocié de Brunelleschi avec diverses interruptions, jusqu^à Ja fin de juin 1446. (Vasari, édition Milanesi, tome II, page 358, note 2.)
suivante : « J'ai exécuté aussi le tombeau de Messer Lîonardo Dati, général des Frères Prêcheurs, homme très savant. Je l'ai représenté de grandeur naturelle. Son effigie a peu de relief. L'épi taphe est à ses pieds. »
Fra Lionardo di Stagio Dati, le personnage dont il s'agit, mourut le 19 mars 1423. Peu de temps après, Ghiberti fut chargé de faire son effigie en bronze pour être placée sur la pierre sépulcrale du pavé de la nef, devant le grand autel de Santa Maria Novella. De ce travail on ne peut plus guère juger, car pendant plus de trois siècles des générations l'ont successivement foulé des pieds, et il se trouve presque complètement effacé. Si les volontés de Fra Lionardo eussent été respectées, son monument subsisterait encore. En 1420, il ordonna lui-même pour son tombeau un sarcophage en bronze avec son effigie. A sa mort, l'État, reconnaissant des services qu'il avait rendus dans des missions diplomatiques à l'étranger, prit à sa charge l'érection d'un m.onument. Par économie, ou pour quelque autre raison restée ignorée, on se contenta d'élever un tombeau moins dispendieux que celui pour lequel le défunt avait pris des dispositions.
Vers la même époque mourut Lodovico degli Obizzi, capitaine des Florentins sous Carlo Malatesta. Pendant la guerre entre la République et Filippo Visconti, Obizzi fut tué dans une expédition organisée pour secourir Castel Zagonara assiégé par Guido Torelli. Malatesta subit une défaite et se retira, laissant 3, 200 prisonniers entre les mains de Tennemi et un grand nombre de morts sur le champ de bataille. Parmi ceux-ci se trouvait Lodovico degli Obizzi. Ghiberti fut chargé de sculpter en son honneur une pierre funéraire pour l'église de Santa Croce, où elle se voit encore, quoique fort délabrée.
La même église contient une autre pierre funéraire, dont Ghiberti a également fourni le dessin en 1427, celle de Bartolomeo Valori K Ce Bartolomeo fut, comme son père Taldo, l'idole du peuple. Il était un excellent patriote, et sa fermeté, qui sauvegarda les intérêts du pays, fut à toute épreuve. Il passa les derniers jours de sa vie au
I. Voir le Deuxième Commentaire de Ghiberti y au xvii* paragraphe.