‹ Ghiberti et son écoleChapitre 47 sur 105 · CHAPITRE III G · texte numérisé non relu

CHAPITRE III G

Le grand Mantegna, Télève de Paolo Uccello, devint maître en perspective, et se laissa à son tour subjuguer par elle. Pour lui, cette science n'était pas un moyen, mais un but. Jouant avec les problèmes, il multipliait et précipitait parfois les lignes (comme dans ses fresques de Téglise des Eremitani, à Padoue), au point de cacher les membres inférieurs de ses personnages, excepté pour ceux du premier plan. Ses ouvrages semblent souvent être des problèmes scientifiques, posés en vue d'une solution brillante. Peu de peintres ont eu, comme lui, la hardiesse de jouer ainsi avec la science. Ajoutons que pour la peinture la perspective offrait généralement de très grands avantages, tandis que pour la sculpture, qui n'admet point l'illusion , la déception visuelles, elle produisait des résultats moins heureux. Sous son action^ Tart du relief s'écarta de son but réel et tomba finalement dans les excès où nous le trouvons à la fin du xvi® siècle.

L'initiateur de cette dégénérescence ne fut autre que Ghiberti, et, bien que son génie brillât d'un éclat si vif, c'est avec un sentiment de regret que nous envisageons l'influence de ses œuvres sur l'avenir; nous ne pouvons que le rendre responsable de cet oubli des pures traditions de l'antiquité, oubli qui amena la décadence irrémédiable du bas-relief.

Le lecteur se souviendra que les premières portes du Baptistère furent mises en place le 20 avril 1424. Près de quatre mois auparavant, c'est-à-dire le 2 janvier de la même année \ la Compagnie des marchands (l'Arte de' Mercatanti) avait donné à Ghiberti la commande pour les deuxièmes portes, que nous allons décrire en détail. « Elles me furent adjugées », dit-il dans son Deuxième Commentaire, « avec toute liberté de faire ce qui me semblerait préférable pour arriver au résultat le plus parfait.

a Je commençai ledit travail par des tableaux de la grandeur d'une

I. V^asari ne dit pas positivement dans quelle année on confîa la commande à Ghiberti, mais son contexte laisse deviner qu'il croyait à la date de 1439. Follini dit 142S. Mais M. Milanesi prouve que tous les deux sont dans Perrcur. (Voir son commentaire sur la Vie de Ghiberii : Vasari, édition Milanesi, tome II, page ib"]. (De lui nous tenons les dates suivantes relatives aux portes : La commande fut donnée le 2 janvier 1424 (n. s. 1423). Les dix reliefs furent moulé« en cire entre 1424 et 1440. On

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coudée et un tiers, dont les sujets, pris dans TAncien Testament, comportaient de nombreux personnages. Je tâchai, dans mon travail, d'imiter la nature autant que possible et d'enrichir mes compositions en variant les formes. Dans quelques-uns des reliefs, j'introduisis à peu près cent figures, plus ou moins dans d'autres, et j'ai toujours travaillé avec diligence et enthousiasme. J'avais dix sujets à traiter. Dans ces sujets j'ai représenté tous les édifices tels que dans leurs proportions ils paraissent à la vue, et avec une telle vérité d'apparence,, qu'en s'éloignant d'eux ils ont Tair d'être détachés du fond. Ils ont très peu de relief, et, comme dans la nature, les figures les plus rapprochées de la vue paraissent plus grandes que celles qui sont éloignées. J'ai exécuté tout l'ouvrage dans les mêmes mesures. »

Puis Ghiberti donne une description sommaire des dix reliefs, et termine ainsi : « De toutes mes œuvres, c'est la plus remarquable que j'aie produite, et elle a été achevée avec les soins les plus minutieux, dans tous ses détails. »

Pleins de confiance dans le génie de Ghiberti, ses concitoyens lui laissèrent toute liberté pour la composition, comme il le dit, mais il oublie d'ajouter qu'ils ne s'en remirent pas à lui du choix des sujets. Les directeurs écrivirent à l'illustre historien et chancelier Leonardo Bruni d'Arezzo, pour le prier de se charger de cette tâche.

acheta le bronze pour la fonte en 1440. Six bas-reliefs furent achevés en 1443. Les quatre autres furent achevés en 1447. Les portes furent dorées en 145-2, et au mois de juin de la môme année elles furent mises à la place qu'elles occupent encore.

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