CHAPITRE III
Avant de lire sa réponse, examinons le portrait que son biographe, Vespasiano de' Bisticci, fait de lui * :
« Messer Leonardo avait un aspect très imposant, bien qu'il fût de taille moyenne.
11 portait un long vêtement à capuchon en camelot rouge, avec des manches doublées et retroussées, et une robe rougeâtre, ouverte sur les côtés, qui descendait à ses pieds. Un capuchon entortillé à la mode du temps couvrait sa tête, la pointe tombant de côté.
Il marchait gravement. Il était de caractère aimable et très bienfaisant pour les pauvres. 11 avait été en Allemagne, où il avait fait partie du Concile^, et il était très au courant des légendes de ce pays. Il parlait peu, et il protégeait les hommes dont il connaissait le mérite. De tempérament colérique, il s'emportait quelquefois, mais ses accès duraient peu, et bientôt il reprenait sa bonne humeur. »
Voici maintenant le texte de la réponse de Bruni à Niccolô da Uzzano et à ses collègues : ce Illustres seigneurs, je trouve que les dix épisodes que vous avez décidé de prendre dans l'Ancien Testament pour les reliefs des nouvelles portes doivent réunir deux conditions. Tune qu'ils soient ce illustres », l'autre qu'ils soient significatifs. Par ce illustres », j'entends ceux qui peuvent plaire à l'œil par la variété du dessin ; par significatifs, ceux qui ont de l'importance, dignes de mémoire. Présupposant
1. Vite di ttomini Hiustri del secolo XV, page iSy. Ed. Bartoli, 1859.
2. Le Concile de Constance. Bruni était un adhérent du pape Jean XXIII, qui y fut déposé en faveur du pape Martin V.
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ces deux qualités, j'ai choisi, selon mon jugement, dix épisodes, dont je vous envoie la liste. Il faut que celui qui sera chargé de les dessiner soit bien au courant de chaque fait, pour qu il puisse représenter les personnages et leurs actes, et, de plus, qu il soit convenablement doué, pour pouvoir les interpréter (ornare) convenablement.
« Outre les dix histoires, j'ai noté huit prophètes, comme vous le verrez sur ma liste.
oc Je ne doute pas que cette œuvre, telle que je Tai imaginée, ne devienne excellente. Cependant je voudrais être près de celui qui sera chargé de ce travail, pour lui faire envisager les sujets sous tous les points de vue et comprendre tout ce qu ils comportent. Je me recommande à vous.
(c Votre Leonardo d'Arezzo *. »
Il nous paraît étrange que dans cette lettre Bruni fasse semblant d'ignorer le nom de l'artiste déjà chargé de représenter les sujets choisis par lui. Cela n'est guère possible, car le nom de Ghiberti était alors dans toutes les bouches, à raison du renom qu'il venait d'acquérir par les premières portes.
Nous ignorons si plus tard des relations s'établirent entre le littérateur et le sculpteur, selon le désir manifesté par Bruni ; ce qui est certain, c'est qu'avec ou sans ses conseils, Ghiberti a su tirer des sujets tout le parti possible. Limité à dix bas-reliefs pour la représentation d'une multitude de faits, il a adopté la vieille méthode consistant à combiner plusieurs scènes dans la même composition, et il l'a fait avec tant d'habileté qu'au premier abord on ne se rend pas compte de cette disposition. — Ainsi, le premier relief, dans la partie supérieure du battant gauche des portes, ne paraît représenter qu'un sujet, tandis qu'il en comprend en réalité quatre, tous pris dans les deux premiers chapitres de la Genèse.
A gauche, au premier plan, la Création de l'homme; au milieu,
I. Cette lettre a été publiée par Richa, Chiese di Firenie, tome V, page xxi ; par Rumohr, Italienische Forschimgen, tome H, page 354, et par M. Milanesi dans son édition de Vasari, tome II,, page 237, note 2.