CHAPITRE PREMIER
élevé comme son fils et Ta instruit dans son art, ce qui a donné lieu de croire qu'il était le fils de celui dont il porte le nom^ »
Ayant réussi à établir devant la justice la légitimité de sa naissance, Lorenzo eut soin de s'appeler désormais Lorenzo di Cione di Ser Bonaccorso ^.
Nous manquons de détails sur la vraie condition et profession de Cione, qui, d'un côté, est représenté comme un homme insignifiant, et de l'autre comme un orfèvre distingué comptant parmi ses élèves, non seulement Lorenzo, mais aussi Brunelleschi et Donatello^. Il paraît prouvé cependant que les deux premiers artistes eurent pour maître Bartolo di Michèle; quant au maître de Donatello, il est resté inconnu.
Comme la boutique d'un orfèvre du xv® siècle ne ressemblait en rien à celle d'un orfèvre de nos jours, il faut, si nous voulons nous former une idée juste de la qualité et de la variété des connaissances qu'un élève pouvait y acquérir, nous affranchir de nos idées modernes sur la nature de ce métier, alors le plus large de tous, aujourd'hui Tun des plus étroits et des plus exclusifs. L'orfèvre de la Renaissance comme celui du moyen âge était obligé de connaître la théorie et la pratique de tous les arts, car il lui fallait les pratiquer tour à tour sur une petite échelle, pour façonner et pour orner les châsses, les calices, les candélabres et les divers autres ouvrages faisant partie de l'orfèvrerie d'église et de la vaisselle de table, qu'il était appelé à exécuter.
Il travaillait en architecte, quand il façonnait des niches, des colonnes, des pilastres, des fenêtres ou des frontons ; en sculpteur, quand il modelait des statuettes et des bas-reliefs; en orfèvre, quand il ciselait des figures ou des ornements de petites dimensions; en peintre, quand il disposait les émaux destinés à relever la beauté de la forme par la richesse du coloris; et en graveur, quand il travaillait l'or ou l'argent avec la pointe ou le burin. Se servant des matériaux
1. a Nous ne discuterons pas », dit M. Milanesi, « si Lorenzo était le fils de Cione ou de Bartolo, bien qu*il y ait eu quelque chose de vrai dans l'accusation ; en réalité, la République accepta sa défense et lui donna raison. » (Vasari, édition Milanesi, tome II, page 222, note i.)
2. Il fut connu aussi sous les noms de «Lorenzo délia Porta, dal Faccio et RentiusFlorentinus». (Zani, Enc, metod., tome IX, !'• partie, cité par Gualandi, Memorie, 4» série, page 3i.)