CHAPITRE IV
dèrent à en confier Texécution à Ghiberti. Dans le contrat, signé le 18 avril 1439, celui-ci promettait de terminer la châsse en dix mois; mais il fut loin de tenir sa promesse, car l'ouvrage ne fut achevé qu'en 1446.
Trois miracles du saint furent choisis pour être représentés sur le devant de la châsse et sur les côtés. Pour la partie opposée, messire Leonardo (Bruni) Aretino, chancelier de la Seigneurie*, composa l'inscription latine suivante : « Caput Zanobii Florentini episcopi, in cujus honorent hcec arca insigni ornatu fabricata fuit », et Ghiberti Tentoura d'une guirlande de feuilles d'olivier, soutenue par six anges aux draperies flottantes. Sur le devant, il représenta la résurrection d'un enfant, que sa mère avait placé sous la protection de saint Zanobi, pendant qu'elle se rendait en pèlerinage à Rome. L'enfant était mort avant son retour; le saint, par ses prières, lui rendit la vie.
Le bas-relief représente une vaste place devant les portes d'une ville, dont les murs et les édifices se dérobent au fond avec des collines boisées. Au milieu de la place, gît le corps inanimé; plus loin, on voit l'enfant ressuscité. A droite, le saint est en prières, les mains jointes; à gauche, la mère, également à genoux. Autour d'eux, la foule des pèlerins, le clergé et les citoyens témoins du miracle; en tout, plus de cent personnes. Le sujet est traité avec cette entente de la perspective et cette habileté de facture, dont Ghiberti avait fait preuve dans ses bas-reliefs des portes du Baptistère. Il ne réussit point à s'élever plus haut que dans cet ouvrage dans le genre qu'il avait adopté, mais il n'y demeura pas non plus inférieur.
Les deux miracles représentés sur les deux extrémités de la châsse sont également des résurrections. Une des compositions nous montre la résurrection d'un serviteur mort en traversant les Alpes pour apporter un message de saint Ambroise à saint Zanobi ; l'autre, la résurrection d'un enfant tué dans les champs par une charrue qui lui passa sur le corps. Les eff^orts des laboureurs qui essaient d'arrêter les bœufs à temps pour le sauver sont rendus avec l'habileté ordinaire du maître.
I. C'est lui qui choi»it les sujets pour les deuxièmes portes de Ghiberti. Bruni était secrétaire d'État de la République, auteur d'une Histoire de Florence^ et biographe de Dante et de Pétrarque.
La châsse de saint Zanobi est, avec les portes du Baptistère, Tœuvre maîtresse de "Ghibertî,- un des- joyaux! de la Renaissance à Florence.
Pendant que l'artiste • s'occupait de ce travail, il fournit des dessins pour deux tabernacles. Le premier, en bois, qui lui fiit commandé par la compagnie des « Lenajuoli* », en 1432, fut sculpté par un de ses aides, Jacopo di Pierô, surnommé Papero. Il sert de cadre au tableau de Fra Angelico,.au musée dés Offices, la Madone et des anges chantant et s'accompagnant d'instruments à cordes. Le second, en marbre, dont Ghiberti fournit le dessin en 1433, fut sculpté par Jacopo di Bartolomeo et Nanni da Fiesole, . deux de ses ouvriers. Dieu le Père est représenté dans le fronton avec deux anges; la corniche est toute de feuillage^.
En 1439, le concile chargé de mettre fin au schisme entre l'Église grecque et l'Église latine, après s'être réuni d'abord • à Ferrare, fut transféré, par le pape Eugène IV, à Florence, a cause de la peste.
Le pape y arriva le 24 janvier, accompagné de Tempereur grec Jean Paléologue, du patriarche de Constantinople et de plusieurs autres grands dignitaires ecclésiastiques. Le. 6 juillet, la * réconciliation et l'union des deux églises furent proclamées à • la cathédrale, après que le pacte eut été scellé dans la grande salle de Santa Maria Novella où le concile tenait ses séances. Lé pape, assis, sur son. trône, portait une mitre, œuvre splendide de Ghiberti, laquelle ne pesait pas moins de vingt livres. Elle était ornée de pierres précieuses de la valeur totale de 38,ooo' florins d'or, et couverte d'une ornementation exquise^. Ainsi paré, Eugène a dû surpasser en splendeur l'empereur grec luimême, qui portait un rubis plus gros qu'un œuf de pigeon sur son capuchon blanc pointu.
1. Gualandi, Memorie délie belle Arti, doc. iBg, pages 109, 112, 4^ série.
2. Gualandi (Op. cit,,. noXQ 8, page 112, 4" série) dit que ce tabernacle est encore conservé dans la seconde pièce de l'ancienne maison des a Lenajuoli », actuellement convertie en un magasin de pâtes.
3. a ...On ne peut se figurer, à juger d'après un dessin de cette tiare, les bizarreries des montures des pierres fines, la variété des attitudes des figurines d'enfants et des autres personnages dont Ghiberti se servit pour orner son œuvre, laquelle lui valut, de la part du pape, de grandes félicitations. (Vasari, édition Milanesi, tome II, page 236.)
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