‹ Ghiberti et son écoleChapitre 68 sur 105 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

de feuilles de lierre que j'ai ciselées de mon mieux. Le nom de Néron était gravé en lettres antiques autour desdites figures. Ces figures représentaient un vieillard assis sur un rocher, les épaules couvertes d'une peau de lion. Ses mains étaient liées derrière lui à un arbre mort. A ses pieds il y avait un enfant, un genou en terre, regardant un adolescent qui tenait d'une main un écrit et de Tautre une lyre. L'enfant semblait supplier le jeune homme de lui apprendre à jouer. Ces trois figures n'ont pas été gravées de notre temps. Elles sont de Pyrgotèle ou de Polyclète, et comme gravure en creux elles surpassent tout ce que j'ai vu dans ce genre. »

Nul doute que le sujet ne fût Apollon et Marsyas, mais il n'est pas étonnant que Ghiberti n'ait pas reconnu ces personnages, car la mythologie était fort ignorée de son temps *.

Nous croyons avoir mentionné toutes les œuvres d'art de Ghiberti, à l'exception de la bordure qui entoure les portes d'André de Pise, au Baptistère, bordure qui fut terminée après la mort de Ghiberti par son fils Vittorio. D'après Vasari, Ghiberti se serait préparé à refaire ces portes. Le biographe ajoute : « J'en ai vu le modèle dans ma jeunesse au Borgo Allegri; ses descendants l'ont laissé perdre. »

Que Ghiberti ait réellement consenti à remplacer les belles portes d'André de Pise par d'autres de sa façon, ainsi que son biographe voudrait nous le faire supposer, c'est là une assertion à laquelle il est difficile d ajouter foi et que rien ne vient confirmer. C'eût été un acte de barbarie, contre lequel Ghiberti, nous l'espérons, eût été le premier à protester. Qu'il se soit engagé à entourer les portes du vieux maître d'une bordure analogue à celle de ses propres portes, rien de plus admissible, quoique le respect qu'il devait éprouver pour l'œuvre admirable de son prédécesseur eût dû lui imposer un dessin plus en harmonie avec le style général, comme le bijoutier à qui l'on confie

I. En parlant de Tinventaire de la collection de Paul II au palais de Saint-Marc, à Rome, inventaire rédigé par Jean Pinti, notaire apostolique, M. Mûntz dit : « Pour lui et pour le cardinal qui l'assistait dans ses vacations, la science de l'antiquité classique est à peine née. Parmi les divinités de TOIympe, une seule leur est familière : Hercule. Ils le reconnaissent à sa massue et à la peau de lion. » (Les Arts à la cour des Papes, 2* partie, page 137.)

une pierre gravée antique pour la monter en bague, s'occupera^ pour peu qu'il soit homme de goût, de mettre le nouveau travail en harmonie avec le caractère de l'objet principal, qui est la pierre. Toute autre monture, même si elle est une merveille d'invention, paraîtra de mauvais goût. C'est là précisément le cas de la bordure dont nous parlons. Les feuillages étudiés d'après nature, la belette qui grimpe pour saisir l'oiseau inconscient du danger, la fameuse caille (attribuée à André Pollajuolo) qui semble agiter ses ailes en chantant avant de prendre son vol, n'ont aucun rapport avec les basreliefs d'Andréa, si sobres de détails, si simples de composition, si bibliques de conception. — Il paraît que la commande de la frise fut donnée conjointement à Ghiberti et à son fils Vittorio, en 1453 (nouveau style, 1454), et que ce dernier continua l'œuvre après la mort de son père, qui eut lieu peu de temps après.

Ghiberti, en effet, mourut le i"^"^ décembre i455, d'une fièvre. Le registre mortuaire, outre la date de son décès et la mention de son âge (soixante-quinze ans *), porte que Ghiberti fut enseveli à Santa Croce, mais n'indique pas dans quelle partie de l'église, et le lieu précis de sa sépulture est encore inconnu.

Cinquante ans plus tard, son petit fils, Buonaccorso di Vittorio Ghiberti, légua à ses héritiers et aux moines de Santa Croce le soin d'élever un monument à son grand-père, et de placer sur ce monument son portrait en relief, avec l'inscription suivante : Ci-gît Loren^o Ghiberti, sculpteur célèbre des portes de Saint- Jean. Soit que Buonaccorso mourut sans avoir mis de côté les fonds destinés à cet emploi, soit que les héritiers n'aient pas voulu les prendre sur leur part, le désir du testateur ne fut pas réalisé et son aïeul attend encore un monument funéraire et une inscription commémorative.

Qu'importe, au fond ! le nom de Lorenzo Ghiberti vivra autant que les deux portes du Baptistère, fruit de quarante-neuf années de travail, quelquefois interrompu, mais jamais abandonné. En racontant

I. Vasari dit soixante-quatre ans^ mais il se trompe, car Ghiberti était né en 1 38 1. (Édition Milanesi, tome II, page 248; note i .)

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