CHAPITRE PREMIER
Carlo Malatesta, surnommé Caton par ses contemporains, seigneur de Rimini et d'autres villes voisines*, qui, comme tous les princes italiens de son temps, protégeait avec ardeur les arts et les lettres. Il tenait sa cour à Rimini, dans le Gattolo^, palais que les deux artistes florentins décorèrent de peintures murales, dont malheureusement il ne reste plus de traces. Le compagnon de Ghiberti est moins facile à identifier que son patron. Nous pouvons cependant être sûrs que ce compagnon, comme tous les peintres florentins de son temps, était un disciple de Giotto, le maître par excellence, qui, pareil au soleil des pays septentrionaux, continua d'éclairer le monde des arts longtemps après sa disparition. La période comprise entre la mort d'Orcagna et la naissance de Masolino et de Masaccio marque la transition de la vieille école, qui avait perdu toute vigueur, à la nouvelle qui devait la surpasser. Sacchetti, dans une de ses nouvelles^, rapporte une conversation imaginaire entre plusieurs peintres, qui caractérise à merveille les doutes, alors généraux, sur les destinées de la peinture. « Quel est, dit Tun d'eux, le plus grand peintre depuis Giotto ? » Question à laquelle Taddeo Gaddi répond : « Bien que plusieurs peintres habiles aient vécu depuis sa mort, la peinture déchoit de plus en plus. »
Ghiberti, comme Gaddi, pensait que Tâge d'or de la peinture toscane avait été celui de Giotto. « Alors, dit-il, l'art atteignit une perfection plus grande qu'il n'a jamais atteinte chez les Grecs. » De telles paroles, dans la bouche d'un admirateur aussi passionné de l'antique que Ghiberti, veulent dire tout simplement que les tableaux de Giotto étaient les meilleurs qu'il connût, et de fait ils l'étaient. Les peintures de ses contemporains, Antonio Veneziano, Starnina et autres, leur étaient fort inférieures, et il ne pouvait pas éviter de conclure que l'art avait baissé de beaucoup depuis Giotto.
Mais revenons à la question qui nous préoccupait tout à l'heure. Quel était, parmi les derniers giottesques, celui qui accompagna Ghiberti à Rimini ? Ce ne fut certainement pas Gherardo Starnina,
1. De i385 à 1429. Voir Tiraboschi, Storia deîla letteratura italiana, tome VI, page 627.
2. Vers 1446, le Gattolo a été converti en forteresse. Voir Un Condottiere au quinzième siècle, par Charles Yriarte, pages 58 et Sg.