CHAPITRE IV
la rejeter parce que récriture n'est pas la sienne, on peut logiquement aussi refuser d'attribuer à Ghiberti les Commentaires , dont le manuscrit n'est pas non plus de son écriture. Quant à la seconde raison, elle est également faible. Les dessins dont il parle ont pu être exécutés par Buonaccorso on par un autre artiste après la mort de Ghiberti. Rien ne s'oppose à cette hypothèse.
La deuxième page du manuscrit porte la mention suivante : « Ce livre est de (è di) Bonachorso di Vettorio Ghiberti, citoyen de Florence, qui a exécuté les fameuses portes de Saint-Jean. Il fut donné à Matteo di Cosimo Bartoli, et, après sa mort, quand ses biens furent divisés entre nous, ses fils et ses petits-fils, il est devenu la propriété de Cosme, petit-fils dudit Mathieu. »
Le traité d'architecture ne mérite en aucune façon les honneurs de la publication; néanmoins, ayant accepté la tâche de réunir tout ce qui touche à Ghiberti ou tout ce qui porte son nom, nous avons cru devoir le traduire^ et mettre en regard de chaque passage le texte de Vitruve que l'auteur a déguisé à sa façon. Les arguments les plus importants contre Ghiberti, comme auteur, sont d'abord, qu'il est peu admissible qu'un artiste si patient, si laborieux, se soit borné à un travail aussi barbare, et ensuite, qu'ayant composé les Commentaires en un style intelligible, il ait pu ailleurs se montrer si confus et si terne. L'orthographe des noms propres et des termes scientifiques est partout incorrecte, le texte de Vitruve est partout dénaturé, et pourtant il ne l'est pas assez pour qu'il ne soit possible de découvrir la source de chaque pensée. D'autres plagiaires se sont efforcés, en s'appropriant les idées des autres, de les encadrer dans leurs propres réflexions et d'y mettre l'empreinte de leur talent personnel, mais Tauteur de ce traité se jette sur sa proie et la déchire brutalement.