‹ Ghiberti et son écoleChapitre 75 sur 105 · CHAPITRE V io · texte numérisé non relu

CHAPITRE V io

sont traités conformément aux règles de la perspective, mais il leur manque les fonds de paysage et les nombreux personnages qu on trouve dans les compositions de Ghiberti ; ce n'est donc que dans une mesure relativement restreinte que Ton peut les classer parmi les œuvres qui ont subi l'influence du maître florentin.

Si nous parcourons la liste des autres artistes qui ont eu des rapports avec Ghiberti, le résultat est le même. Michelozzo Michelozzi, par exemple, qui, comme nous le savons par sa déclaration de biens de 1427, était l'associé de Ghiberti quand il coula la statue de saint Matthieu pour Or San Michèle, ne lui prit aucun de ses principes. Plus tard, il devint le collaborateur de Donatello dans l'exécution de plusieurs tombeaux, à Florence, à Naples et à Montepulciano. Quant aux rares sculptures en relief que Michelozzo exécuta seul, elles sont traitées d'après son système personnel. Les surfaces des ornements, des médaillons et des figures dont il orna la porte du Palazzo Vismara, porte aujourd'hui conservée au musée du Brera, à Milan, sont plates, et leur style ne rappelle en rien la facture de Ghiberti. Entre Donatello et Michelozzo, on constate une ressemblance que Ton ne retrouve pas entre Donatello et d'autres artistes, que Vasari met au nombre de ses élèves, tels qu'Antonio Gambarelli, appelé Rossellino, et Bartolomeo Bellano ou Vellano, de Padoue; par leurs tendances, ceux-ci se rapprochent davantage de Ghiberti.

Il suffit d'examiner deux des ouvrages d'Antonio Rossellino, les bas-reliefs en marbre de Florence et de Naples, pour se convaincre que ce maître avait étudié les portes de Ghiberti. Le premier, au musée du Bargello, représente la Madone adorant l'Enfant Jésus; saint Joseph est près d'eux, et les trois personnages, presque de grandeur naturelle, occupent tout le premier plan de la composition. Derrière eux s'étend un paysage dont les collines boisées, aussi bien que les détails, sont traités en perspective. Sur le plan du milieu, deux pasteurs viennent adorer l'Enfant et descendent par un sentier pratiqué dans les rochers à pic. Dans le lointain, un de leurs compagnons, appuyé sur son bâton, regarde l'ange qui descend du ciel pour annoncer l'heureuse nouvelle

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de la naissance du Christ. Ces figures sont de petite dimension et d'un relief fort mince*.

Le second bas-relief, exécuté par Rossellino pour le tombeau de Marie d'Aragon, femme du duc d'Amalfi, dans l'église de Monte Oliveto, à Naples, n'est pas moins pittoresque que le premier. Il représente la Nativité. La Madone est à genoux, près de TEnfant endormi sous une chaumière ; saint Joseph, la tête penchée, est assis à gauche. A droite sont deux pasteurs, dont l'un montre à son compagnon les anges se réjouissant en chœur au-dessus de la chaumière. Œuvre charmante d'un des meilleurs sculpteurs de la première Renaissance, ce bas-relief rappelle Donatello par l'aplatissement de ses plans, mais la conception du sujet est tout à fait dans la donnée de Ghiberti.

Il y a un abîme entre Rossellino, le maître au goût exquis, à la technique magistrale, au style raffiné, et Vellano, dont les dix bas-reliefs en bronze, dans le chœur de Saint-Antoine, à Padoue, sont encombrés de figures mal distribuées, d'une perspective défectueuse, d'une exécution médiocre. Ce n'est que par le côté pittoresque de ses conceptions que Vellano peut être signalé à propos de Ghiberti, dont il perpétua les errements, car il ne prit de lui que ses défauts, sans pouvoir s'assimiler ses qualités. Comme l'illustre sculpteur florentin dans les bas-reliefs des deuxièmes portes, Vellano représenta des sujets de l'Ancien Testament dans les sculptures de l'église Saint- Antoine. Il suffira, sur les dix compositions, d'en décrire une seule, Jonas jeté à la mer; on peut la prendre comme type de toutes les autres. Le centre et la plus grande partie de la composition sont occupés par le navire roulant péniblement sur les vagues tumultueuses. A bord, on aperçoit une foule de personnages de petite dimension, les uns groupés sur le pont, d'autres grimpant le long des cordages ou s'accrochant aux mâts rompus, pour voir le prophète qu'on vient de précipiter à la mer et qui est englouti par la baleine. Plus loin, Jonas reparaît agenouillé et en prière sur la rive, dont les hautes cimes rocheuses s'élèvent au fond du tableau. Si, comme tout porte à le croire, Vellano a étudié

I. M. G. Drury Fortnum, de Stanmore, près de Londres, possède la terre cuite originale de cette belle œuvre de Rossellino.

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