CHAPITRE V
SOUS Donatello pendant que ce maître séjournait à Padoue, il est évident qu'il a mal profité de ses enseignements ou qu'il les a oubliés. Le goût du bas-relief pittoresque a régné, ailleurs encore qu'à Padoue, dans le nord de Tltalie pendant la dernière moitié du xv*" siècle. A Milan, il prit un aspect très original qui ne rappelle ni Ghiberti ni Donatello. L'école qui s'y développa sous les auspices des frères Mantegazza et d'Antonio Omodeo, dans les dernières années du règne de Filippo Maria Visconti, dénote l'influence des maîtres flamands, influence qui s'explique par le séjour en Italie de Rogier van der Weyden, de Hugo van der Goes, et d'autres élèves des frères Van Eyck. Ainsi que les tableaux de ces peintres, les bas-reliefs des sculpteurs milanais se distinguent par une action exagérée, par la longueur démesurée des membres, par l'emploi des draperies qui plaquent sur le corps comme du papier mouillé; dans une certaine mesure ils conservent le caractère plastique par l'aplatissement des surfaces, mais dans la conception de leurs sujets ils se montrent peintres tout autant que Ghiberti lui-même. Ils difi'èrent entièrement de lui et de Donatello dans plusieurs détails, d'abord, dans leur manière d'indiquer les contours par des entailles profondes, produisant des arêtes aiguës, et ensuite, par l'extrême complication des lignes, les personnages étant souvent fort nombreux, et de très petites dimensions. Dans les basreliefs d'Omodeo et de Benedetto Briosco, par exemple, à Crémone, les lignes produisent, à la surface, par leur croisement, l'efi^et d'une toile d'araignée. On peut considérer, comme type de l'école dont nous parlons, les cinq bas-reliefs du sarcophage conservé dans la crypte de la cathédrale de Crémone, sarcophage sculpté par Briosco pour contenir les restes des saints martyrs Pierre et Marcelin, patrons de la ville. A l'abondance des détails pittoresques, — arbres, montagnes, édifices, nuages, etc., — que cet ouvrage a de commun avec ceux de Ghiberti, se joint la réunion, dans le même cadre, d'épisodes absolument distincts. Ici, comme là, l'action est double ou triple suivant les exigences du sujet. Les bas-reliefs latéraux du sarcophage dont nous parlons représentent la façade d'un palais magnifique, aux fenêtres garnies de spectateurs. Dans la cour, l'empereur, assis sur son
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trône, vient de condamner au martyre les saints que Ton reconduit en prison. Un autre bas-relief représente le supplice, auquel Tempereur assiste à distance, dans un jardin, ainsi que de nombreux spectateurs placés aux fenêtres du palais. Dans les airs, on aperçoit les anges qui accompagnent les âmes des martyrs au paradis.
On pourrait citer beaucoup d'autres ouvrages du même genre parmi ceux d'Omodeo, qu'on admire pour la délicatesse de l'exécution et l'élégance du style, tels que les bas-reliefs de la chaire de la cathédrale de Crémone, et ceux du tombeau de Bartolonieo Colleone dans la chapelle de la famille de ce nom, à Bergame, mais l'espace nous manque pour les décrire.
Laissons le nord de l'Italie pour revenir à la Toscane, où l'art du bas-relief fut pratiqué par beaucoup d'artistes de distinction pendant la dernière moitié du xv*^ siècle. Parmi ceux qui excellèrent dans ce genre, Benedetto da Majano figure au premier rang. Les bas-reliefs du tombeau de San Savino, à Faenza, ceux de la predella du tombeau de San Bartolo à San Gimignano, ainsi que ceux de la belle chaire de l'église de Santa Croce, à Florence (scènes de la vie de saint François), permettent de classer cet artiste parmi ceux qui perpétuèrent les traditions de Ghiberti, bien que ses surfaces soient plus aplaties, et les personnages introduits moins nombreux que dans les compositions du maître. La Mort de saint François , qui est peut-être le morceau le plus beau de la série, diffère peu du même sujet peint par Domenico Ghirlandajo pour la chapelle Sassetti, dans Téglise de la Trinité, à Florence, et ce fait montre à quel degré les deux arts se confondirent entre les mains des sculpteurs du xv® siècle. Benedetto dans son bas-relief, comme Ghirlandajo dans son tableau, représente le saint couché sur un brancard au milieu de l'église d'Assise; autour de lui, le clergé debout ou agenouillé et des enfants tenant des cierges et des encensoirs; derrière eux, la nef de l'église avec ses colonnes en perspective; tout au fond, l'autel, et, au-dessus de l'arc qui sépare la nef du chœur, l'apothéose du saint, que deux anges transportent au paradis.
Pendant le xv^ siècle, l'antiquité interrogée par les artistes fut leur