CHAPITRE V
guide dans le développement de leur individualité, puis la nature fut interprétée par eux en réalistes, les marbres comme les pierres gravées furent étudiés pour le raffinement du goût et l'élévation du style. Dans le siècle suivant, période de la deuxième Renaissance, Tart antique de conseiller devint maître. On traita le nu plus savamment; on donna à l'arrangement des draperies une tournure plus classique. Dans les statues, réquilibre entre les deux côtés du corps, celui entre la partie inférieure et la partie supérieure atteignit à la perfection; mais par cela même on perdit peu à peu ce charme de fraîcheur, de naïveté et d'individualité qui distinguait les œuvres du xv* siècle, et par lequel elles surpassent celles du xvi* autant que les fruits mûris par les rayons du soleil surpassent en saveur ceux qui se sont développés à la chaleur artificielle des serres.
De ce que l'imitation de Tantique prit le dessus dans la statuaire au xvi^ siècle, comme tant d'œuvres de cette période lattestent, on pourrait croire que l'on était revenu à la tradition des Grecs dans le style du bas-relief; mais ce n'est là nullement le cas. L'abus du pittoresque et de la couleur devint la règle, même dans le premier quart du siècle, ainsi que les bas-reliefs exécutés par Andréa Sansovino et ses élèves (i5i3 à i528), à l'extérieur de la Maison sainte de Lorette, en font foi. Dans cette série, Sansovino modela lui-même la Nativité et V Annonciation, et il commença V Adoration des Mages, la Naissance, le Mariage et la Mort de la Vierge, qui furent terminés après son départ par ses élèves. L'œuvre du maître et, à un plus haut degré, celle de ses élèves, témoignent de la décadence de la sculpture en Toscane ; elles montrent quel mauvais goût les artistes, voire les plus distingués, apportaient dès lors dans l'art du bas-relief.
Dans la Nativité, de Sansovino, on chercherait en vain l'harmonie, le calme, premières qualités nécessaires à un bas-relief. Les anges, les bergers, saint Joseph, tous semblent possédés du démon de l'agitation ; la Madone elle-même, penchée sur l'enfant, a une attitude des plus tourmentées. Et que dire de cette Annonciation, que Vasari appelle un prodige de l'art? La Vierge minaude, l'ange lui tire cérémonieusement une révérence. Le fond de paysage et d'architecture, coupé par
des lignes brusques et heurtées, le ciel surchargé de nuages, aux contours aigus, reliés ensemble comme des faisceaux de lances, ne méritent pas moins de critiques. Si Andréa Sansovino, avec son indiscutable talent, donnait un tel exemple, peut-on s'étonner que ses élèves tombassent encore plus bas?
Le génie dominateur dans Fart du xvi* siècle est Michel-Ange, qui légua à Tunivers des œuvres colossales en architecture, en sculpture et en peinture. Dans le bas-relief, comme partout, il ne visa qu'à représenter la forme humaine, et ses œuvres en ce genre* ne donnent pas matière aux observations qui nous occupent, car les sujets ne comportent pas le pittoresque. Son premier bas-relief, le Combat entre Hercule et les Centaures, avec ses figures multiples et mouvementées, enchevêtrées dans une mêlée ardente, nous intéresse surtout parce qu'il nous montre que le grand maître a commencé sa carrière et Ta continuée en dédaignant les formules adoptées. Il ne professait pas moins de mépris pour le réalisme proprement dit. Bien qu'il s'exerçât rarement dans le bas-relief, cette branche de l'art se ressentit et souffrit de l'exemple qu'il donna de mépriser les lois, parce qu'il était capable d'en forger d'autres à sa taille. Il va sans dire que le nouveau code n'était guère à Tusage de ses élèves, et ses successeurs, en voulant l'imiter, ne firent qu'exagérer ses défauts.
Le seul sculpteur du xvi'' siècle qui suivit les traces de Ghiberti fut Andréa Briosco, surnommé Riccio, à cause de ses cheveux frisés, élève de ce Vellano de Padoue, dont nous avons déjà parlé ci-dessus. Ses premiers ouvrages, deux bas-reliefs en bronze, dans le chœur de Saint-Antoine, à Padoue (i5o6-i5o7), appartiennent à l'école de Ghiberti, par l'action multiple et progressive et par leur caractère pittoresque, bien qu'ils n'aient ni la clarté de l'ordonnance, ni la grâce des lignes, ni la haute supériorité technique qu'on admire dans les compositions de l'illustre maître florentin. Si l'on s'abstient d'une comparaison aussi dangereuse pour Riccio, on trouvera beaucoup à louer
I. Michel-Ange a exécuté en bas-relief les deux Saintes Familles de Florence et de Londres, la Pietà de Thôpital de Gènes, la Madone etVEnfant fMadonna délie Scale), imitation réfléchie de Donatello, conservé dans la maison Buonarroti, à Florence, et, dans la même collection, le Combat entre Hercule et les Centaures.