CHAPITRE V III
dans son travail, V Histoire de Judith, où il a combiné trois épisodes : la Bataille entre les Béthuliens et leurs ennemis ; la Mort d'Holopherne, et l'Exposition de sa tête, au peuple, par Judith triomphante ; ainsi que dans la Translation de l'Arche de la maison d'Abinadab, où les montagnes, les arbres, la ville lointaine, enfin les personnages, sont très habilement traités.
Au temps de Ghiberti, les artistes représentaient les sujets de l'histoire sainte avec autant d'exactitude historique que possible. Dans leurs compositions, l'influence de l'antique éclate dans le raffinement du style, la perfection du travail et l'arrangement des draperies, mais l'exposition, la mise en scène, le caractère, restent rigoureusement bibliques. Au temps de Riccio, au contraire, on place le masque antique sur les figures sacrées et on s'eflForce de les rendre aussi païennes que possible. C'est ainsi que Riccio, dans le Sacrifice de l'Agneau pascal, un des quatre bas-reliefs dont il orna son chefd'œuvre, le magnifique candélabre de bronze à Saint- Antoine de Padoue, représente en réalité un sacrifice païen. Rien n'y manque, ni l'autel enguirlandé, ni les musiciens avec leurs flûtes^ ni les vierges portant leurs offrandes. Vases, flambeaux, vêtements, coiff^ures, tout procède de Tart classique dans cette composition, comme dans toutes celles de la même série : V Adoration des Mages, la Mise au tombeau, la Descente du Christ aux Limbes. Ailleurs, notre artiste déguise, travestit, avec autant de sans-gêne, des événements modernes.
En représentant la maladie, la mort et les obsèques de Girolamo délia Torre, dans les huit bas-reliefs en bronze conservés au Louvre, Riccio donne à ces épisodes un aspect si classique, qu'on a cru qu'ils représentaient l'histoire de Mausole, roi de Carie. Il mit, toutefois, tant d'art et d'habileté dans ces travestissements, qu'on est tenté de lui pardonner ses anachronismes et les constantes altérations du fait historique, surtout lorsque Ton se souvient qu'il fut l'un des derniers sculpteurs dont les œuvres méritent, à quelques égards, d'être classées à la suite de celles des maîtres de la première Renaissance.
D'autres artistes du xvi® siècle traitèrent avec beaucoup d'habileté des sujets mythologiques dans le style pseudo-classique. Tels furent
Santa Groce, dans la Victoire d'Apollon sur Marsyas (tombeau du poète Sannazzaro, dans Téglise de Santa Maria in Parti, à Naples), et Cellini, dans le bas-relief d'Andromède, sur la base de son Persée. Ce dernier ouvrage rivalise avec ceux des quattrocentistes, pour la technique et pour le modelé, bien qu'il leur soit bien inférieur pour la pureté de style et le goût général.
Si nous cherchons un type du bas-relief pittoresque, tombé dans l'extrême abaissement, nous le trouverons à Naples, dans le tombeau du vice-roi Don Pedro da Toledo, dans l'église de San Giacomo de' Spagnoli, par Giovanni Merbiano da Nola. Ges tableaux en marbre représentent les hauts faits d'armes du vice-roi, qui galope à la tête de son armée, sur un lourd cheval de guerre. Ses soldats, fantassins et cavaliers, montent et descendent les collines, entrent dans les villes assiégées, tandis que des navires débarquent au port. G'est du Van der Meulen en sculpture et le nec plus ultra du mauvais goût, dans un genre dont l'initiateur a été Ghiberti, dans ses créations, d'ailleurs si belles, du Baptistère.
Poursuivre plus loin l'histoire du bas-relief pittoresque, ce serait nous exposer à rencontrer les extravagances du style baroque et les minauderies du style rococo, pour aboutir aux plates et froides imitations classiques, ou aux nullités prétentieuses des temps modernes.
Dès la fin du xvi* siècle, la décadence avait enlevé jusqu'aux dernières espérances de régénération. Les essais, même grossiers, d'une époque jeune sont dignes d'étude, car ils contiennent des germes d'avenir, tandis que les restes même les plus beaux d'une époque qui a eu sa floraison, son apogée, et qui touche à la vieillesse, ne forment qu'un triste sujet de contemplation.