CHAPITRE PREMIER
Prenant feu aussitôt, Ghiberti courut demander son congé au prince, qui le lui accorda à regret, après avoir fait son possible pour le retenir, en lui offrant d'augmenter ses honoraires et de lui confier d'autres travaux; mais, sans se laisser fléchir par ces offres et sans écouter les réclamations de son associé, Ghiberti quitta Rimini avec une impatience si grande de.se trouver au lieu du combat, « qu'il lui semblait, au dire de Vasari, être séparé de Florence par mille années de voyage». Ghiberti, toutefois, raconte l'histoire de son départ plus sobrement que son biographe : a Mes amis, dit-il, m'ayant averti du concours, je demandai à mon seigneur et à mon compagnon la permission de partir, et ils me la donnèrent après que je leur eus fait connaître mes raisons*. »
De retour à Florence, Ghiberti se présenta avec ses confrères et émules devant les juges, et, après une courte attente, il eut la joie d'être autorisé à concourir. Vasari rapporte que les candidats furent nombreux, tant toscans qu'artistes venus des autres parties de T Italie, mais nous doutons que les étrangers fussent en grand nombre, car, dans ce cas, les juges n'auraient pas manqué d'en admettre au moins un au concours, ne fût-ce que pour ne pas être accusés de favoriser trop leurs compatriotes. Les sept élus* étaient tous Toscans^, à savoir : deux Florentins , Filippo Brunelleschi et Lorenzo Ghiberti ; deux Siennois, Giacomo délia Quercia et Francesco Valdambrini ; deux Arétins, Niccolô di Luca Spinelli et Niccolô Lamberti, et un maître de Colle in Val d'Eisa, Simone, a detto dei Bronzi^ ». Plusieurs d'entre eux devaient arriver à Timmortalité, mais en 1401 ils n'étaient guère connus que dans leur patrie. La réputation locale des deux Florentins était assez considérable pour les recommander à l'attention favorable des juges; ils passaient en outre pour les meilleurs élèves de Bartolo, ce qui aurait suffi à faire pencher la balance en leur faveur. Il est vrai qu'ils s'étaient fait connaître comme orfèvres et non comme sculpteurs; mais, au xv*" siècle, la solidarité des arts était telle que celui