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E PARENTS ET D'AMIS

Détail de Joachim chassé du temple (1486-1490). Florence, chœur de Santa Maria Novella.

sans doute voulu : les figures d'hommes y retiennent toute l'attention. La perspective compliquée d'une triple rangée d'arcades, d'ailleurs trop basses et trop grêles, — et l'on n'en découvre pas moins de cinq plans en profondeur, — n'est pas des plus agréables1, bien que l'ornementation en soit exécutée avec la plus grande élégance. Le groupe du patriarche Joachim et du vieillard qui l'expulse, bien que placé au premier plan, n'est pas celui sur lequel se portent le plus volontiers les regards : ceux-ci sont attirés dès l'abord par les huit spectateurs massés aux deux côtés de la fresque.

En tête du groupe de gauche (pi. p. 113) se détache un jeune homme à la belle chevelure châtain, fièrement campé, le poing droit sur la hanche ; il se retourne vers le public avec une aisance et une coquetterie presque impertinentes. Une tradition, qui paraît ancienne, le désigne comme Lorenzo, fils de Giovanni Tornabuoni, le garçonnet représenté huit ans plus tôt, devant son père, dans la fresque de la chapelle Sixtine (p. 57); il avait épousé en i486, à vingt et un ans, la belle Giovanna degli Albizzi, qui lui fait face dans une des fresques de l'autre paroi. Il est intéressant de comparer ces portraits du jeune couple, dont les

I. C'était d'ailleurs un décor bien florentin; Cavalcaselle croit reconnaître au fond la Loggia di San Paolo, qui fait face à Sainte-Marie-Nouvelle, entre la via de' Fossi et la via délia Scala; la ressemblance est assez vague. u

ii4 LES MAITRES DE L'ART

noces furent un événement qui défraya les conversations de Florence pendant longtemps, avec ceux qui se voient au Louvre, dans les fresques exécutées par Botticelli, justement à l'occasion de ce mariage. A dire vrai, ils ne se ressemblent guère, surtout en ce qui concerne Giovanna ; mais on aurait tort de se laisser trop impressionner par cette dissemblance, car Botticelli a peint pour les jeunes époux deux compositions allégoriques, où leurs traits sont nécessairement idéalisés, et ce « fantasque Sandro », comme l'appelait Vasari, imprimait à ses personnages un reflet trop direct de sa propre imagination pour que ses portraits pussent rivaliser, sous le rapport de la fidélité, avec ceux du réaliste Ghirlandaio, le véritable maître du genre. C'est donc bien de sa main que nous pouvons attendre l'image authentique du séduisant jeune homme, orgueil de son père, qui était tenu à Florence pour le type accompli de l'élégance et de la distinction i. Élevé avec les fils de Laurent de Médicis par le Politien, qui lui dédia une de ses Silvœ) il a eu la bonne fortune d'être immortalisé par les deux plus grands peintres de son temps. Sa reconnaissance envers Ghirlandaio se traduisit, dès 1490, par la commande qu'il lui fit de la belle Visitation, conservée

1. « Stimato in Firenze il fior d'ogni gentilezza » (P. Villari, G. Savonarola, t. II (1888), p. 47).

au Louvre depuis 1812. Moins favorisé que son peintre préféré qui mourut à temps, le charmant Lorenzo eut le malheur de survivre au rêve qui avait bercé sa jeunesse : sa jolie tête tomba en

La haute estime où Giovanni Tornabuoni tenait

la famille Ghirlandaio est attestée par la place qu'il lui a laissé prendre dans cette même fresque, où elle constitue le groupe de gauche (pi. p. 9). Deux figures y frappent surtout le spectateur : celles de David, vu de dos, le profil tourné vers la gauche, et de Domenico qui regarde le public, tous deux magnifiquement drapés dans les plis d'amples manteaux. Leurs traits sont réguliers, énergiques, plus fins peut-être chez David; mais les cheveux qui l'encadrent donnent plus de charme à la physionomie de Domenico. En présence des contradictions qu'on relève entre les témoignages anciens, nous ne saurions décider si l'homme âgé qui les sépare est leur père Tommaso, ou leur maître Alesso Baldovinetti 2 ; mais le quatrième personnage, plus jeune, est assurément Bastiano Mainardi, de San Gimignano, leur collaborateur le plus distingué, qui devint vers ce

1. Derrière lui, dans la fresque, on voit son cousin Piero Tornabuoni, banni en 1497, puis deux de ses amis, dont le dernier, on l'a vu, est devenu son beau-frère en 1491 (Cavalcaselle, VII, p. 330, note).

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