Vasari, t. III, p
Phot. Anderson.
MADONE DES « INGESUATI ».
Florence, musée des Offices.
GHIRLANDAIO i4I
la dernière main. C'était un assez vaste ensemble de peintures formant une sorte de tabernacle allongé : sur la face antérieure, du côté de la grande nef, la Vierge dans une gloire, entourée de saints; sur la face opposée, tournée vers le chœur, la Résurrection ; divers panneaux plus étroits, avec des figures de saints, servaient à encadrer et à relier les deux motifs principaux. Jusqu'en 1804, l'autel resta tel que l'avaient laissé les frères Ghirlandaio : à cette date il fut transformé, et les anciennes peintures se trouvent aujourd'hui à Munich (la Vierge, sainte Catherine de Sienne et saint Etienne) et à Berlin (la Résurrection, saint Vincent Ferrer et saint Antonin l). L'examen de ces différentes peintures confirme le récit de Vasari, d'après lequel les frères et les élèves de Domenico auraient surtout travaillé à la partie postérieure du tabernacle, tandis que les tableaux tournés vers la nef, aujourd'hui à Munich, portent la marque bien reconnaissable du maître2.
1. Quelques morceaux sont perdus, notamment la prédelle, mais qui n'était pas de Domenico; voir Vasari, VI, p. 532.
2. Cependant Vasari dit (loc. cit.) que « Francesco Granacci, Jacopo del Tedesco et Benedetto firent Saint Antonin, Sainte Catherine de Sienne, et, dans l'église, Sainte Lucie... » Nous avons vu (p. 24, note 1) que la Sainte Lucie est de David, non de Benedetto; les renseignements de Vasari, en ce qui concerne les deux autres figures, sont-ils aussi peu exacts? Nous reconnaissons beaucoup plus volontiers la main de Benedetto dans la Résurrection de Berlin, où se remarquent certaines figures grimaçantes qui ne sont pas sans analogie avec son Calvaire conservé au Louvre.
Rompant avec les traditions qu'il avait suivies jusqu'alors, Domenico a supprimé le trône où était assise la Vierge, pour la placer au milieu du ciel, dans une gloire, encadrée par des chérubins et des anges. Le seul avantage de cette disposition est d'ouvrir une perspective sur un agréable paysage ; quant au reste, ce parti ne présentait que des inconvénients : la Vierge, aussi grande que les personnages du premier plan, a l'air de reposer sur leurs épaules; les têtes ailées des chérubins n'ont pas le charme des anges -enfants de la Madone des Ingesuati; Marie elle-même, sous les traits un peu alourdis d'une jeune mère, remplace par une certaine majesté la grâce ingénue qu'elle avait en d'autres tableaux. En un mot, il manque à cette composition soignée, mais froide, tout ce qui fait le charme de celle qui se voit aujourd'hui aux Offices. Ghirlandaio n'était pas devenu plus mystique en prenant de l'âge ; ses fresques nous avaient déjà révélé ce détail.
Les figures de saints qui encadraient cette Madone rendent opportune à cette place la mention de quelques tableaux du même genre qui subsistent en Italie, saint Sébastien et saint Roch, au Museo Civico de Pise, saint Vincent Ferrer entre les deux mêmes saints, à Rimini.
Le tableau de Pise, que l'on peut sans invraisemblance rapporter à la période antérieure à 1480, est une œuvre d'assez mince intérêt : si le
saint Roch y a une expression à la fois douloureuse et énergique, le nu de saint Sébastien est par trop défectueux. Le même personnage est exécuté avec beaucoup plus d'adresse dans le tableau de Rimini, où le saint Roch a aussi une belle physionomie. Mais la caractéristique princicipale de cette dernière peinture est l'extrême richesse du décor architectural, sans parler du coin de paysage — une vue de ville — très étudié, aperçu par le fond : marbres de couleurs, colonnes, bas-reliefs et chapiteaux de bronze doré forment le cadre somptueux où sont présentés les trois saints. On a vu un luxe d'ornementation analogue envahir les fresques de Sainte-Marie-Nouvelle; il est assez vraisemblable que le tableau de Rimini est encore postérieur à 1490 l.
L'Annonciation, traitée à plusieurs reprises par Ghirlandaio en fresque ou en mosaïque 2, ne lui a
1. On remarquera surtout la similitude des bas-reliefs dans le monument romain auquel sont adossés saint Sébastien et saint Roch, avec ceux de l'arc de triomphe où Ghirlandaio a peint l'apothéose des Tornabuoni et de Florence (pi. p. 125). Quant aux chapiteaux de bronze doré, ils apparaissent dans l'Adoration des Mages de 148 8.