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Outre les œuvres déjà signalées, on peut citer une petite

i44 LES MAITRES DE L'ART

inspiré aucun tableau d'autel; mais Y Adoration des Bergers et Y Adoration des Mages lui ont fourni le sujet de ses peintures à la détrempe les plus parfaites et les plus admirées.

Pour la chapelle Sassetti fut peinte, en 1485, Y Adoration des Bergers qui est un des plus précieux joyaux de l'Académie des beaux-arts à Florence (pi. p. 145). L'élément antique, qui occupe une si large place, on s'en souvient, dans la décoration de la chapelle, est représenté ici par l'arc de triomphe que l'on aperçoit au fond à gauche, par les colonnes cannelées et les chapiteaux qui soutiennent le toit de chaume de l'étable, parle sarcophage orné d'une inscription qui tient lieu de crèche. Dans tout le reste de la composition domine un souci de la vérité, un réalisme que tempère un sens exquis de la beauté. La Vierge en adoration devant l'enfant potelé qui met son doigt dans sa bouche, insensible à tous les hommages, est une figure d'un charme pénétrant, charme humain, auquel ne se mêle aucune pensée mystique, car c'est l'image de la grâce juvénile et saine que tout jeune homme rêve de trouver chez sa fiancée. Les trois bergers de droite, deux à genoux et un debout, sont des figures peintes d'après nature, animées d'une vie intense : les yeux, les

fresque, datée 1485, au-dessus delà porte de l'église d'Orbatello, à Florence, certainement de son école.

Phot. Alinari.

ADORATION DES BERGERS (1485 Florence, Galerie ancienne et moderne.

rides, les mentons mal rasés, les mains rudes sont rendus avec une vérité et un relief surprenants, et leurs physionomies parlantes n'ont certes rien d'idéalisé. Le premier, qui tourne vers les autres un regard clair et expressif, rappelle beaucoup un des bourgeois qui assistent à la résurrection d'un enfant par saint François lj son voisin, dans une attitude recueillie, les mains jointes, est encore sûrement un portrait. Quant à l'homme lippu, à la tête rasée, qui tient un agneau dans ses bras, si Ghirlandaio ne l'a pas rencontré dans les champs, en parcourant les routes de Toscane, il pourrait bien en avoir emprunté l'idée à la Nativité commandée à Hugo van der Goes par Tommaso Portinari, le représentant de la banque des Médicis à Bruges, et qui fut apportée à Florence en 1470. Cet admirable triptyque, aujourd'hui exposé au musée des Offices, a exercé une influence profonde sur la génération d'artistes florentins à laquelle appartenait Domenico ; les trois rudes bergers que l'on y voit à droite, deux agenouillés et l'autre debout, paraissent bien lui avoir suggéré le groupe qu'il a placé du même côté de sa composition, en y introduisant seulement plus de calme et d'harmonie. D'ailleurs aucun morceau dans toute son œuvre n'est d'une exécution plus solide et plus franche.

1. Voir pi. p. 73. C'est le quatrième personnage en partant de la droite.

Ce merveilleux tableau est complété par un paysage lumineux, une vallée où reposent des villes souriantes, et des montagnes où l'on voit, à gauche, les bergers auxquels un ange annonce la venue du Sauveur, tandis que, sur une route en corniche, se déroule le somptueux cortège des rois mages.

Sur ce dernier épisode, Ghirlandaio a composé deux de ses plus brillantes peintures, datées respectivement 1487 et 1488. La première, conservée au musée des Offices (n° 1295), est un tondo, un de ces tableaux de forme ronde dont Botticelli et, plus tard, Raphaël ont su tirer un si heureux parti. Ghirlandaio, qui ne paraît pas s'être exercé souvent à ce genre de tour de force, a réussi à faire tenir dans cet espace circulaire une trentaine de personnages, six chevaux, le bœuf et l'âne traditionnels, deux moutons, sans parler des arrièreplans et d'une belle échappée sur un port de mer, vu à travers un portique en ruine; tout cela se présente en un si bel ordre qu'il n'y a aucune confusion entre les groupes, et qu'un grand espace libre est encore ménagé derrière le motif central. Malheureusement la couleur, qui semble avoir jauni, est peu agréable, et la Vierge penchée en avant, dans une attitude d'ailleurs très naturelle, manque de grâce et de majesté1. Au reste, quels

1. On voit au palais Pitti (n° 358) une réplique de ce tondo, en plus petit et réduite au groupe principal, moins nombreux

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qu'en soient les mérites, cette Adoration des Mages est éclipsée par l'autre tableau, carré et de plus grandes dimensions, que le peintre exécuta un an plus tard pour la chapelle de l'Hôpital des Innocents où il se voit encore l.

En face de cette composition si fraîche de tons, — avec des rouges et des jaunes pourtant un peu criards, — qui fourmille de jolis détails, à la fois complexe et parfaitement claire, dominée par une adorable Vierge, pleine de dignité modeste et vers laquelle toute l'attention se concentre (pi. p. 153), on a l'impression d'être en présence d'un des plus authentiques chefs-d'œuvre du quinzième siècle, et peut-être de toute la peinture italienne. Une fois de plus, Domenico a supérieurement réussi à fondre, à équilibrer les traditions du sujet, qui comportaient une certaine part de convention, avec son goût habituel de réalisme. Celui-ci se manifeste surtout dans l'exécution très poussée des costumes et de tous les détails d'ornementation, des mains, et en particulier des têtes. Parmi celles-ci, beaucoup sont assurément des portraits :

encore ; les couronnes des mages et leurs présents y sont représentés en relief et dorés, ce qui permet d'écarter l'idée que Ghirlandaio en soit l'auteur, puisque Vasari lui fait honneur d'avoir le premier renoncé à cette pratique; c'est sans doute l'exercice de quelqu'un de ses élèves d'après son tableau.

1. La destination est reconnaissable aux deux petites victimes d'Hérode, dévotement agenouillées à droite et à gauche au premier plan ; au fond à gauche, on voit le Massacre des Innocents.

on pourrait le jurer pour les deux vieillards rasés, aux coiffures bizarres, qui se tiennent debout à droite, et pour la belle figure pensive, tête nue, que Ton voit entre eux; nous en sommes sûrs pour l'homme aux cheveux noirs séparés sur le front, de l'autre côté, immédiatement à gauche du pilier : c'est la physionomie bien reconnaissable de Domenico Ghirlandaio lui-même (pi. p. 149). Le charmant jeune homme qui, devant lui, présente un vase précieux à la Vierge, ne peut manquer aussi d'être un portrait, et Ton pense involontairement au fils aîné de Laurent de Médicis, Pierre aux beaux cheveux soyeux et au profil d'ange (voir p. 86), qui était alors âgé de dix-sept ans.

L'arrière-plan est occupé, à droite, par la chevauchée des rois mages, au fond par les bergers qui reçoivent de l'ange la bonne nouvelle de la naissance du Christ, et à gauche par le massacre des innocents devant les remparts d'une ville qui paraît être Rome, avec la tour de Néron, la pyramide de Cestius, la colonne Trajane, le Colisée. La perspective centrale, au-dessous du toit de chaume et du joli groupe d'anges qui chantent Gloria in excelsis Deo, rappelle à la fois la mer de Galilée de la chapelle Sixtine et le port du tondo des Offices : les derniers plans sont noyés dans des teintes d'une délicatesse infinie, comme en présentent souvent les horizons de Toscane.

Et lorsque l'on détache ses regards de cette

Phot. Alinari.

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