ADORATION DES MAGES (148S
Florence, Hôpital des' Innocents.
admirable composition, pour se reporter à l'Adoration des Bergers de l'Académie, une comparaison s'établit, inévitablement, qui laisse fort perplexe. Est-il nécessaire de se prononcer pour Tune contre l'autre ? Assurément non, car la perfection est égale des deux parts. Ici, cependant, la beauté a quelque chose de plus extérieur et de plus brillant; X Adoration des Bergers est plus recueillie, on y sent plus d'intimité et d'émotion. La pente profane sur laquelle s'était engagé Ghirlandaio, en donnant la prédominance à l'élément décoratif, est sensible dans la succession de ses tableaux d'autel comme dans celle de ses fresques.
Il faut reconnaître cependant que la Visitation peinte en 1491 pour Lorenzo Tornabuoni, et qui depuis 181 2 est conservée au Louvre, présente, si l'on songe à la même scène dans les fresques de Sainte-Marie- Nouvelle, un remarquable caractère de simplicité et de tendresse (pi. p. 161 ).*. La femme debout à gauche, Marie mère de saint Jacques le Mineur, paraît indifférente à la scène, mais Marie Salomé, à droite, en robe bleue, les
1 . Vasari dit que ce tableau a été terminé par David et Benedetto ; il y a là une confusion évidente avec les peintures de Sainte-Marie-Nouvelle; le tableau du Louvre, étantdaté 1491, n'a pas été laissé inachevé par Domenico ; si David ou tout autre y a travaillé, ce n'est que dans la mesure habituelle. D'ailleurs, les documents publiés par C. de Fabriczy (l'Arte, 1906, p. 258) ne mentionnent que Domenico, avec l'indication des sommes qu'il reçut pour ce travail.
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mains jointes, a cet air d'empressement que nous avons plusieurs fois signalé dans certains personnages secondaires des fresques de Sainte-Marie- Nouvelle. Le groupe central est d'une grande beauté : la Vierge, doucement inclinée vers sa parente, a très sensiblement les mêmes traits que dans les deux Adorations de 1485 et de 1488. Elisabeth est peut-être plus belle et plus touchante encore, tant elle élève vers Marie un regard imprégné de reconnaissance et d'humilité. Quand après avoir passé en revue, comme nous venons de le faire, les œuvres si nombreuses et si charmantes de Ghirlandaio, on revient voir celle-ci au Louvre, on n'hésite pas à conclure que c'est encore une de ses plus heureuses créations \ Le cadre que le peintre a donné à la scène a une certaine solennité classique, sans les surcharges décoratives que l'on remarque ailleurs : la vue d'une ville accidentée, située au bord d'un fleuve, égaie seule le fond du tableau.
Après tant de Madones, on est à la fois surpris et charmé de trouver dans la production de Ghirlandaio, tout à la fin de sa carrière, en 1492, un Christ ressuscité et glorifié — fait unique dans ce qui subsiste de son œuvre, puisque la Résurrection de la chapelle Sixtine a été détruite,
1 . Il y a pourtant une vivacité un peu désagréable dans les tons jaunes, comme je l'ai déjà remarqué pour d'autres peintures sur bois du même artiste.
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et que celle du musée de Berlin n'est assurément pas de Domenico. C'est pour l'abbaye de San Giusto, à Volterra, appartenant à l'ordre des Camaldules, que Ghirlandaio en reçut la commande; et le petit musée, constitué assez récemment, dans le palais des Prieurs de cette curieuse ville, renferme cette œuvre intéressante, malheureusement très abîmée par des restaurations indiscrètes. Le Christ bénissant, assis sur les nuées, entouré de chérubins et d'anges, est une figure triste, sans grand caractère; du moins s'enlève-t-il mieux dans le ciel, au-dessus des personnages debout, que la Vierge de Munich. Les anges en adoration et les deux figures de vieillards, saint Romuald et saint Benoît, sont bien dans le style du maître, tandis que l'on reconnaît à peine sa manière dans les deux saintes agenouillées, presque de dos, au premier plan. Le paysage de ce tableau, avec ses curieuses montagnes aux arêtes aiguës, mérite une courte observation : c'est un reflet très direct de la physionomie si particulière des environs de Volterra, surtout à l'extrémité nord-ouest du plateau, au lieu dit « le Balze », où se trouve précisément l'abbaye de San -Giusto; de là, on découvre un panorama étendu, dans la direction de Pise, qui paraît avoir inspiré au peintre le fond de ce tableau.
Tout au début de sa carrière, à San Gimignano, Ghirlandaio avait eu soin de faire figurer les tours
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si caractéristiques de cette ville dans ses Funérailles de santa Fina; dix-sept ans plus tard, à Volterra, il témoignait du même intérêt pour les aspects pittoresques de l'horizon qui l'entourait; dans l'intervalle, les paysages de Toscane et surtout les vues de Florence et quelquefois de Rome apparaissent dans presque tous ses tableaux. Ainsi un réalisme de bon aloi localisait chacune de ses œuvres.
Phot. Anderson.