LA VISITATION
Paris, musée du Louvre.
Phot. Neurdein.
pluies, brûlée par le soleil, la peinture s'est conservée aussi intacte que si elle avait été en un lieu fermé : voilà l'avantage de la fresque quand on sait bien l'exécuter, avec toutes les précautions requises, et sans la retoucher à sec ». Si Léonard, qui pénétra plus avant qu'aucun autre dans la connaissance de la nature, s'était un peu plus exercé à la pratique de la fresque, sa Cène de Sainte-Mariedes-Grâces n'aurait peut-être pas eu besoin de tant de médecins, dont les soins indiscrets l'ont tuée. Quant à Michel- Ange, obligé par Jules II à peindre le plafond de la chapelle Sixtine, — si merveilleusement conservé, — il pouvait bien répéter en maugréant que ce n'était pas là son métier, qu'il était sculpteur et non peintre, et qu'on faisait violence à sa vocation en l'astreignant à une besogne à laquelle il n'était pas exercé; on peut douter qu'il se fût aussi magistralement acquitté d'une pareille tâche, s'il n'avait, à l'âge de quinze ans, assisté et peut-être modestement contribué à l'achèvement des fresques de Sainte-Marie - Nouvelle.
Par la force de sa pensée et par le bouillonnement de son imagination sans cesse en travail, Michel-Ange devait rompre tous les cadres des compositions traditionnelles du quinzième siècle; mais il y eut un autre artiste, moins profondément original, ou du moins dont l'originalité fut d'opérer une synthèse harmonieuse de tous les essais anté-
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rieurs, Raphaël, qui certainement a dû beaucoup à Ghirlandaio. Ils ne purent se connaître; mais quand Raphaël vint travailler à Florence en 1504, .1506 et 1508, peu d'années avant d'entreprendre les Stanze, il s'arrêta longuement, dit-on, devant les fresques de Masaccio au Carminé, pour se préparer aux grandes compositions monumentales, et fit une étude particulière du carton de Léonard pour la Bataille dAnghiari; soyons sûrs qu'il s'arrêta aussi, en des stations prolongées, dans la chapelle Sassetti et dans le chœur de Sainte- Marie-Nouvelle, alors dans toute la fraîcheur de leur revêtement de légendes pieuses et de portraits; n'est-ce pas là, en fin de compte, que venait d'être dit le dernier mot dans cet art de la fresque, dont Raphaël allait faire à son tour un si glorieux usage? On a signalé l'espèce de miracle qui transforma brusquement l'auteur charmant mais encore timide de quelques Vierges et du Sposalizio en évocateur de la Dispute du Saint Sacrement et de Y Ecole d? Athènes1 \ la métamorphose serait en effet prodigieuse, si Raphaël, très observateur, très réfléchi, doué d'une merveilleuse faculté d'intuition et d'assimilation, n'avait d'abord assidûment visité les sanctuaires de l'art florentin.