‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvres (volume 2)Chapitre 48 sur 99 · CHAPITRE TX · texte numérisé non relu

CHAPITRE TX

Gi^éroii, mais ni Tua m Tai^re n'étsdent li<:^^s^' èk s' occuper sérieuBement de lui. Dans les ^ti-^ cambres et dans les bibËotltèqties. s'agitait une foule à& ilmniàmatéâ et d'èpigraphistes qQe' Leopardi: rencontrait partout sur son diebxhi^èt^ ({ont il trace un portrait peu flatté. «Quant ai;ix< » lettrés j éorit*'il à son père , j'en èoitaais irrqi- » taent fort peu^ el| ce peu nfajfaitperdreBwiVîet » d'en connaître d'autres. Tous prôteiident ar-« » river à Fimmortalitè en -carrosse, comme ies^ » nmuYâîs chrétiens en paradis. Selon enK, le »eomble de la sagesse Imixiaine^^ou-plfitôil^^^ » &eule etvâritablesméhcé derhommV,^t cdQe^ » des'jantiquités* Je n'ai pas encore pu renoon-^ » trer un lettré romain qui sous le nbm dB'lit*|- » rat^e entende rautre chose que rarebèol(prgite. » Philosophie V mofale^ pdxtique^ 8(»eeicé dm »rccetir humabi, éloquente, poésie^ philolQgiôic

» tout iela est dépaysé à Rome, et passe ^ùi^' » un jett d'en&mi^feriœmparaison de l'art liée » trôuwr si .tel todrceaù de cmvi^ ow de pierre^ » ^ig^8^ipMl&iM;:àjbMine bu. à M. -Agrippai^ » die beau! de^ tout '<^e0i est -qii'aii ne> trouve pk^-- » Im iRoim^n qui .][)6s^de réellement le Iatin>^' » Ib ^çc i^.eiilBaiis Jà c^maiasance.pàrfaiteade'M » ces langues, vons^t^oyez ce que piSiiUt être

4 os LEOPARDI, SA YIE ET SES OEUVRES.

» l'étude de rantiquité. Toute la journée ils » babillent et discutent , ils se raillent les uns » les autres dans les journaux , ils montent 46S » cabales et des coteries : et c'est ainsi que » vit et que progresse la littérature romsdne. » Pour moi, certains d'entre eux me connais- » saient avant mon arrivée , les autres non.

» Ceux-là me traitent fort bien, ceux-ci assez » froidement, comme il arrive à un homme » nouveau, surtout à un homme qui ne s'est » jamais soucié de se faire connsdtre dans cette » ville et qui ne sait pas parler de leur science » favorite ou qui s'ennuie d'en parler * . »

Quand il écrit à son frère, il se gêne moîjas encore : « De la littérature je ne sais que vous » dire. Des horreurs et encore des horreurs.

» Les noms les plus saints profanés, les plus » insignes sottises portées aux nues, les meil- » leurs esprits de ce siècle foulés aux pieds » comme inférieurs au moindre lettré de Rome ; » la philosophie méprisée comme un enfantil- » lage ; le génie , l'imagination et le sentiment, y> inconnus même de nom et étrangers aux poètes » et poétesses de profession : l'archéologie urne » par tout le monde au pinacle de la sci^ice

1 Eviitolario, 1, p. 265 (9 dée. 1S2S).

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» humaiiie et considérée partout et toujours » comme l'unique étude digne de Thomme. Je » n'exagère pas : au contraire, il est impossiUe » que j'en dise assez. Littérateur et antiquaire, » à Rome, O'est tout un. Si je ne suis pas anti- » quaire, il est entendu que je ne suis pas un » littérateur et que je ne sais rien ^ »

Leopardi, qui s'exerça toute sa vie à la patience sans réussir à être un homme patient, se laisse aller un peu trop vite à un mouvement d'humeur. Après tout, il était à Rome depuis trois semaines tout au plus ; la plupart de ses travaux étaient inédits ; les savants ne * connaissaient de lui que quelques articles insérés dans le Spettatore et trois odes qu'ils n'avaient peut-être paa lues, et il fallait toute son inexpérience de la vie pour s'étonner que le mérite ne fût pas porté du premier coup à sa véritable place . Mais il y a à soi^ dépit une cause plus intime que l'on sent percer dans ses insinuations et que l'on comprend quand on connaît sa vie intime . Dans sa solitude de Recanati, il s'était fait, en politique et en çdigion, des idées qu'il devait cacher comme un crime ; il savait que ses poésies inédites et ses ébauches de dialogues philosophiques

I Epislolario, I, p. 268 ( U dée, 18tS}.

t06 LEOPARDI, SA TIË Et ÉBS OEUVRES.

auraient suffî, une fois divulguées, pour lui fermer toute carrière officielle ; il n'osait se montrer tel qu'il était et s'indignait en secret d'en être réduit à transiger avec sa conscience. Il se sentait diminué à ses propres yeux de tout œ qu'il sacrifiait d'indépendance aux nécessités (In)knoment, et il apprenait par son exemple qu'on ne refoule pas impunément dans un cœur bien né la noble passion de la sincérité.

Contraint et froissé dans ses rapports avec les fonctionnaires romains, il rencontra une vive sympathie dans le petit cercle de savants ètran- ^BTSy allemands jpour la plupart, <jur étaient wnus à Rome pour y étudier de plus près Fah-^ tkfpité. C'était Fèlité des travailleurs que lés' aniversitésgermaniques envoyaient à la conquête du vieux mondé romain ; et il faut teconnâStre en passant, — né fût-ce que pour noter cetexem*' pie domme bon à suivre *,-^ Qu'ils ont reùdu avèè' usure à leur pays, en gloire scientffiqtië elîîttiP rairïè,ie peu quîls lui ont coûté. Leôpafdî, ravf

''^ Oe'tœtt est aujourd'hui une réalité. A côté de Vlnstitut ie eùm^pmiance mrekéêkfii^ié féti4é en I8f9 par 'G^rtiârd^et^BèM^, «fiB.et Urjemçnidqté.par rAUemaKoe, grandit mMat^nink f^nf ÈcoU française d'archéologie, fondée par M. Jules Simon et dont la direction a été conaée>i(li ièUJtfl^gdnt^e M; Albér^totnÀ>&t

CHAPIUIE 13^. lOB

j(jljç se.voir recherché et apprécié par de tels homélies, crut n'avoir jamais va jusque^à de geàk d'esprit. « Hier, ditril, je dînai chez le mini&trft »^de Hollande (F. G. ReinhQld).Laeompagnib :p[ était choi^e et çoBaposée entièrement d'étran^ p gers. Je puis dire que voilà la première foi» »; que j'ai assisté à une conversation de bon toit) »^ spirituelle ^t élégante , et pour ainsi dire eom*^ » parable^upe. conversation jErapçaise. Du reste| )> on p^la français presqijietout le temps. En fait ï^ dltalieni^ , U n'y avait quepaes hôtes et moi, >><,çt vl^ R^mainquin'ouvritpasf la bouche *^4 »/ . ^. Ces étrangj^s si bienTeilJants pouvaient deve^ Xi}v d'ei^celleçits .prote(^urs, mais. Lec^ardî; ne çayaitr ti:op ji^uirméipe à qqoi ileût : vouhi emplorj^

Iquj: recpmmfi^datiQn^ Il étaât venu< & Borne pour; t|Uîh€sç .de.çe cpéer . unQ .position indépendante qpi sufl^t, avt pr^^î^j'^ et , assuré Tavenlr ; mai^ ti]k r^!ayait joint ,de plaA arrêté, et surtout point à^ ppéf^epçqs pour lesplaçesfoffioieUea. Ses pmw Boi/èf es di^maj^phes^, asse;; nwl.^ appuyépa pactoi faible crédit des Antici, ses oncles maternels, eprent bientôt Jassé^sa pajtie^ce. A. lar.fiû de ]m;Hm^ 1823 y il ne songeait plus i|u'à «^eipa^ trier, à rexemplè de nombre de ses qompatriotèï

qui, avec de maigres talents, réussissaient parfois, disait-on, à faire fortune à l'étranger. La Russie elle-même ne l'effrayait - pas , pourvu qu'il pût y gagner de quoi n'être pas tenté d'y retourner. \

Ces velléités, si peu sérieuses qu'elles aient été, ne laissent pas que d'étonner ceux qui entendent autrement la dignité aristocratique. Je sais plus d'un comte qui ne se pardonn^ait pas d'avoir songé à se faire précepteurou secrétaire privé. Est-il besoin de rappeler qu'en plein xviiï® siècle, le siècle où la noblesse eut le moins de morgue , le marquis de Vauvenargues, dont la condition rappelle à certains égards celle de Leopardi, tremblait d'être pris pour un homme de lettres 1 Mais en Italie, l'orgueil de caste est infiniment moins susceptible : on se dit que, si le prêtre ne se déshonore pas , en vivant de Tautel, le savant, que le hasard de la Naissance a doté d'un titre de comte tout en le laissant pauvre, peut bien sans déroger tirer parti de ses talents.

Leopardi reprend ses travaux philologiques. -^ Ses relations

avec Niebuhr. — Son refus d'embrasser Tétat ecclésiastique lui ferme les carrières officielles. — Visite au tombeau du Tasse.

Pour se recommander à l'attention soit du gouvernement soit des étrangers, Leopardi se mit résolument au travail. 11 songea un instant à traduire les œuvres de Platon pour le compte de l'éditeur De Romanis , mais il recula devant l'imimensité d'une tâche qui lui prendrait cinq ou six années de sa vie et ne lui vaudrait qu'une rémunération dérisoire. En attendant mieux, il publia dans les Ephémèrides littéraires ^ un article critique sur trois discours de Philon d'Alexandrie que le P* Aucher venait de retrouver dans une ancienne traduction arménienne, et une dissertation philologique en fort bon latin sur \^ République ^eCiGkYOU exhumée

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par Angelo Mai. Il mit aussi la dernière main à un travail qui datait déjà de trois ans.

C'était une série de notes et d'observations philologiques sur la Chronique d'Eusèbe traduite d'après une version arménienne par A. Mai et Zohrab. Leopardi, en helléniste consommé, se sert des textes mis sous ses yeux pour corriger et parfois restituer le texte original grec dont Scaliger avait jadis recueilli les débris dans les ouvrages informes des chroniqueurs byzantins. Nous laissons à d'autres le soin de décider si ces 120 pages de gloses intitulées modestement Annotations tiennent plus qu'elles ne promettent , et nous dirons avec Sainte-Beuve : « Le jugement de Niebuhr nous dispense d'y insister davantage. )9

Ce sont en effet ces articles qui attirèrent sur le jeune savant l'attention de Niebuhr, alors ministre de Prusse à Rome. Niebuhr, comme tous les hommes vraiment supérieurs, aimait à encourager les jeunes gens de bonne volonté. Il alla au devant de Leopardi avec un empressement qui fait honneur à son caractère.

Bunsen raconte quelque part * que Niebuhr courut sans façon au galetas où logeait Leopardi

* Ubensnaehriehten uber B. G. Niebuhr , UI, p. 313.

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