VIII AVANT-PROPOS
tial et que, pour l'être, j'ai eu à me défendre , non pas contre des préventions, mais contre les entraînements d'une sympathie profonde, qui s'adresse moitié au poète et moitié à l'Italie? Je crois n'avoir fait qu'user d'un droit reconnu en cherchant dans la correspondance de Leopardi autre chose que les éléments d'un panégyrique. Niebuhr, je le sais, protestait contre les indiscrétions qui permettent à un biographe de fouiller jusqu'au plus profond de l'âme de son héros : « L'âme a ses vêtements, dit-il, qu'on ne doit pas plus enlever que ceux du corps... il n'est pas bon, il n'est pas juste de montrer une âme en particulier à nu , tandis que la plupart des autres restent voilées. ». Vieusseux était de Favis de Niebuhr, et il blâma à ce point de vue la publication deVEpistolario, Sa sollicitude poyr la mémoire du poète qui avait été son ami était un peu trop prompte aux alarmes. Si tout n'est pas grand dans les grands hommes, Leopardi est de ceux qui perdent le moins à revivre tout entiers.
LEOPARD!
Enfance de Leopardi. — Son éducation. — Développement précoce de son intelligence. — Ses premiers travaux d'érudition. — L'Essai sur les erreurs populaires des anciens. — Enthousiasme et scepticisme.
Giacomo Leopardi naquit le 29 juin 1798 à Recanati , petite ville de la province de Macerata , assise à quelques lieues de l'Adriatique sur les dernières pentes de l'Apennin. Son père , le comte Monaldo Leopardi , et sa mère , la marquise Adélaïde Antici, appartenaient à la plus ancienne noblesse des Marches. Menant une vie fort retirée et peu soucieux d'aventurer son repos dans la tourmente que la Révolution
2 LEOPARDl, SA VIE ET SES OEUVRES.
française avait déchaînée sur l'Italie , le comte avait cherché des consolations dans Tétude. Sa bibliothèque qu'il enrichissait au fur et à mesure , autant que le lui permettaient ses minces épargnes , et qu'il ouvrait volontiers à ses concitoyens*, était un asile où il abritait sa foi de catholique et son attachement aux vieux principes. 11 y conduisit de bonne heure le jeune Giacomo. L'enfant grandit au milieu des hvres et y contracta cette passion de l'étude qui devait faire son malheur et sa gloire.
Le soin de la première éducation de Giacomo fut confié à des précepteurs. L'enfant avait neuf ans lorsque l'abbé Sanchini ,- succédant à l'abbé Torres , lui enseigna la littérature et la philosophie. A quatorze ans , il n'avait plus rien à apprendre de ses maîtres qui , ne connaissant d'autres langues que l'italien et le latin, avaient pu éveiller sa curiosité mais non la satisfaire. Libre d'entraves et déjà impatient du joug, l'enfant , ne consultant que son ardeur et encouragé sans doute par l'admiration dès siens , s'élança avec furie dans le champ illimité des
< En 1812, il fit placer au-dessus de la purte de la bibliothèque l'inscription suivante : nUiS. AMICI8. CIVIBUS. | MONALDUS DE LEÛPARDIS I BIBUOTHECAM | A. M DCCC XII.