‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvres (volume 2)Chapitre 87 sur 99 · CHAPITRE XVllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVllI

gloire et l'honneur ; les plaisirs, les biens se réduisent au désir : la vie n'a pas un fruit ; c'est une misère stérile. Et bien que mes années soient vides, mon existence solitaire et obscure, la fortune, je le vois bien, m'enlève peu de chose. Mais hélas ! chaque fois que je repense à vous, ô mes espérances d'autrefois , et aux riantes images de mes premiers rêves, et qu'ensuite je regarde ma. vie si misérable et si douloureuse, en pensant que de tant d'espoir la mort est aujourd'hui tout ce qui me reste, je sens mon cœur se serrer, je sens qu'après tout je ne puis me consoler de mon sort. Et même lorsque cette mort tant de fois invoquée sera à mes côtés et que je toucherai au terme de mon infortune;, lorsque la terre deviendra pour moi une vallée étrangère et que devant mon regard s'enfuira l'avenir , il me soutiendra certainement^ de vous, ô mes espérances; et cette image me fera soupirer encore, elle me fera re-. gretter amèrement d'avoir vécu en vain^ et mêlera un dernier chagrin à la douceur du trépas.

Et déjà, dans la première efîcnescence de joies, d'angoisses et de dédr qui assaillit mon jeune cœur, j'appelai plus d'une fois k mort ; je restais de longues heures assis là-bas sur le bord de la fontaine, songeant à finir dsms ces eaux mon espoir et ma douleur. Plus tard, , réduit par un mal inconnu à une vie sans cesse menacée, je pleurai la belle jeunesse et la fleur de mes pauvres jours , si prématurément flétrie. Souvent , aux heurei^ tardives, assis sur mon lit, seul témoin de mes larmes , laissant douloureusement couler mes vers à la lueur terne de la lahipe, je pleurais au sein du silence et de la nuit ma vie prête à s'éteindre , et me sentant

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là vie même. Je le perds sans un plaisir , inutilement , dèins ce séjour sauvage, ô unique fleur de Faride existence î

Voici que le vent m'apporte le son des heures comptées par l'horloge du beffroi. Ce son, il m'en souvient, me rassurait dans mes nuits d'enfance, lorsque blotti dâils les ténèbres de ma chambre et hanté par de continuelles terreurs, je veillais, soupirant après le matin. Ici, rien ne frappe mes yeux ou mon oreille sans évoquer àu-dedans de moi une image du passé, et sans, raviver tin doux souvenir. Doux en lui-même ; mais la douleur s'y glisse avec la pensée du présent , le regret stérile du passé, triste lui aussi, et ce mot : Je fus ! Cette terrasse là-bas, tournée vers les derniers rayons du jour ; ces murailles où le pinceau a figuré des troupeaux , et, le soleil qui se lève sur la campagne solitaire ; tous ces objets offraient mille charmes à mon imagination oisive, lorsqu'à mes côtés, en tous lieux me suivait, me parlait, rtiè' dominait l'illusion. Dans ces salles antiques, au. reflet des neiges, lorsque le vent sifflait autour de ces grandes fenêtres, retentirent mes jeux et mes cris joyeux, à l'âge où le cruel, l'affreux mystère des choses nous apparaît plein d'enchantement. Comme un amant inexpérinierité , l'adolescent caresse du regard cette vie trompeuse, encore intacte et immaculée, et il admire une beauté céleste qu'il crée lui-même.

0'eé{)érances, espérances! charmantes illusions de môri enfance ; toujours, dès que je parle, je me reporte., à vous, car, inalgré la marche du temps, tout en changeant d'affections et de pensées, je ne sais pas vous oublier. Ce sont des fantômes, je le comprends, que la .

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