‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvresChapitre 102 sur 123 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

rhomme voit-il désormais la terre inhabitable pour lui sans cette nouvelle, unique, infinie félicité que conçoit sa pensée : pressentant la terrible tourmente qu'elle doit causer dans son cœur, il soupire après le repos ; il a hâle de se réfugier au port devant cet âpre désir qui déjà rugissant épaissit autour de lui les ténèbres....

Le morceau se termine par une invocation à la « belle et secourable Mort » : le poète, si rudement flagellé par une main inconnue qu il ne veut pas bénir , espère n'être pas loin du jour où il lui sera donné d'incliner son visage endormi sur le sein virginal de sa libératrice.

Cinq années de souffrances le séparaient encore de son heure dernière qui paraissait toujours près de sonner. Mais ce n'était pas au milieu de ses amis de Toscane qu'il devait mourir. Rien ne le retenait plus à Florence d'où la liberté s'était déjà exilée. Un décret du grand-duc venait de supprimer T-^nfo/o^za, à la suite d'un article dont le tzar Nicolas s'était plaint , et ce coup avait dispersé le cercle littéraire dont elle était l'organe. Quiconque tenait une plume se sentait suspect. La réaction avait enfin ramené la Toscane au niveau du reste de l'Italie. Pendant que Qiordani, banni par le grand-duc sous

un prétexte futile , retournait à Parme sans se douter qu il allait au-devant d'une arrestation , Leopardi se dirigeait vers Naples avec son fidèle Antonio Ranieri, dont ramitié dévouée, en offrant au malade une place d'honneur au foyer d'une nouvelle famille, promettait moins encore qu'elle ne devait tenir.

Leopardi à Napks. — Le Genêt, — Apaisement progressif de l'exaltation mélancolique chez Leopardi. — Le coucher de la Itme, — Le dernier mot de la philosophie de Leopardi. — Dialogue de Tristan et d'un ami, — Les Pensées, — Les Paralipomènes de la Batrachomyomachie, — Haine du patriote italien pour les Allemands.

Le nom d'Antonio Ranieri est dêsonnaîs insé- . parable de celui de Leopardi. Tout en lais- ï sant à d'autres le soin d apprécier ce que le romancier napolitain a mis de philanthropie sincère dans ses œuvres, nous dirons tout ce qu'il a dépensé d'affection et , qu'on nous passe le mot, de patience auprès de Leopardi. C'est lui qui a consolé la vieillesse précoce du poète, lui qui a recueilli son dernier soupir et veillé sur sa mémoire.

Quand Leopardi le rencontra à Florence, en 1827 , c'était encore un tout jeune homme ,

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ardent, curieux , pressé d'apprendre, de courir le monde et d'aguerrir sa plume. Il ne résista point à la séduction qu'exerce le génie malheureux ; et après un voyage qui le conduit successivement en France , en Angleterre et en Allemagne, il s'attacha au pauvre Recanatais , avec une chaleur de sentiment , une ténacité d'affection telle que , comme le disait Leopardi avec une tendre fierté , la foudre seule aurait pu l'en séparer.

Installé avec Ranieri et la sœur de son ami, Pauline Ranieri, dans une petite maison de campagne sur les hauteurs saluhres de Capodimonte, Leopardi éprouva d'abord le soulagement qu'apportent aux maladies sans remède des impressions et des espérances nouvelles, puis l'impatience le reprit. 11 voulait fuir Naples et l'Italie : il songea même un instant à « venir terminer ses jours à Paris ». Ce qu'il ne dit pas, ce qu'il ne pouvait pas dire , c'est que le despotisme doucereux de Ferdinand II lui gâtait le soleil de Naples et qu'il s'y trouvait encore trop près de Recanati où une autorité , despotique aussi, le sommait perpétuellement de rentrer. Il ne nous appartient pas de juger la conduite du comte Monaldo ; mais quand on le voit

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