CHAPITRE XX
prix de longues fatigues en la saison d'été ; de même , retombant des profondeurs du ciel où l'avaient lancée les entrailles tonnantes du mont , une nuée croulante de cendres , de scories et de pierres , traversée de jets bouillants, ou une nappe immense s'échappant furieuse du flanc de la montagne et roulant sur l'herbe un torrent de matières et de métaux en fusion et de sablé embrasé, a bouleversé, broyé et recouvert en peu d'in* fitants les cités que la mer baignait là-bas au bord de ce rivage: sur leur tombe la chèvre broute à présent': en revanche de nouvelles cités s'élèvent auxquelles les villes ensevelies servent d'escabeau, et le volcan superbe semble fouler aux pieds les murailles qu'il a renversees • • • •
Tout le morceau intitulé la Ginestra a cette fière allure et cette éclatante solennité. A la fin, le poète baisse un peu le ton. Après avoir passé en revue les destinées des générations humaines, il revient à l'humble genêt dont l'avalanche enflammée courbera bientôt la frêle tige, mais
1 D^jA, dans ranlîquité, Ser. Sulpicius, éémant à Ctcéron ^Dio. IV, 5.) parle des • cadatres des cités >» ; les réflexions qu*il •jovtf ont été condensées par le Tasse dans ces beaux ters:
Gine% Valta Cartago : a pena i iegni De Valte sue ruine il tido serba.
Muiono le città ; muiono i regni^ E Puam d'tntT martal par ehe ii êdegni.
( Tasso, Geru». lib., ch. XV, st. ÎO.)
qui dir moins périra sans avoir en, comme lé roseau pensant, la folie de se croire immortel.
Les amis du poète entendirent seuls les dernières protestations de cette superbe intelligence . L'inquisition napolitaine , mise en goût par lu confiscation des dernières productions de Ranieri, interdit une nouvelle édition des œuvres de Leopardi (1837). Lui se montra peu sensible à' ces tracasseries. Il poursuivait Téternelle médi-. tation dont ses poésies n'étaient que des pages détachées. On le voyait errer le long de la Mergellina, s'asseoir sur la pente du Pausilype à côté du tombeau de Virgile, ou s'oublier au milieu des ruines de Poazzoles et de Cumes.
Ce del clément , ces loisirs respectés dont avait joui jadis le chantre des Gèorgiques^ avaient fini par détendre Tironie convulsive dont Leopardi s'armait contre la destinée. Il retour- ' nait peu à peu à la mélancolie pltjs douce de ses jeunes années; il comprenait que la résignation a aussi sa grandeur; enfin, ressaisi par cet invincible amour de la vie qui fait le fond de, notre être et résiste à tous les raisonnements, îl s'accoutumait à l'idée de vieillir comme tout le monde et de descendre à pas lents la pente de Tâge^. Puisque, pour le prendre jeune, la Baort