CHAPITRE XX
Wè
suait déjà trop attendu, il renonçait à hâter, m fut-ce que de ses vœux , la fin d'une existence qui lui réservait peut-être, en compensation de tant de maux, quelques années de paisible maiurité. « La nouveauté et l'exquise salubrité de » l'air, dit son biographe, la société affectueuse » de quelques personnes du pays , les visites » continuelles des savants étrangers qui affluaient » à Naples ; ce nouveau genre de vie au grand » air et ces libres allures qui étaient tout-à-fait » en dehors de ses habitudes, parurent ralentir, » et ralentirent peut-être pendant quatre an- » îiées, l'infatigable activité de la maladie . . . , » Il commença à pronostiquer pour lui-même ^ une vie des plus longues. » Voilà bien la nature prise sur le fait , aimant les perspectives lointaines et ouvrant toujours quelque éclaircie dans le ciel le plus sombre. Ce n'est pas à dire que Leopardi se soit réconcilié av^c son sort , mais on ne le voit plus, comme dans Bruto Minore^ ^vide de jeter au vent son nom et sa mémoire, ou se promettant d'achever dans les bras de la mort un rêve commencé dans ceux de l'amour.
Si désolée que. soit rinspiration que lui dicte la Ginestra, il . se plpint plus qu'il ne se réjouit d'iune destruction prochaine, et l'on sent qu'il
regrette par avance le parfum dont la modeste fleur embaumait le désert.
La dernière élégie échappée à sa plume défaillante trahit plus évidemment encore cet apaisement de son âme endolorie. Il regarde avec inquiétude l'avenir qui l'attend, la vieillesse impuissante et chagrine qu'il avait redoutée de si bonne heure, et il compare sa pâle jeunesse à un beau clair de lune auquel va succéder une nuit obscure :
Comme, dans la nuit solitaire, argentan! de ses rayons les cannpagnes et les eaux que le zéphyr effleure de son aile, à l'heure où les ombres dessinent au loin mille aspects riants et sèment mille objets trompeurs au milieu des ondes tranquilles, des rameaux, des haies, des coteaux et des villas , arrivée aux confins du ciel, la lune descend derrière l'Apennin ou les AJpes ou dans le sein infini de la mer Tyrrhénienne : le monde se décolore, les ombres disparaissent et une même obscurité couvre la vallée et la montagne : la nuit reçte seule et , sur le chemin , le roulier salue , en chantant un refrain mélancolique , la dernière lueur du flambeau mourant qui naguère guidait ses pas.
Ainsi se dissipe, ainsi disparait de la vie humaine la
jeunesse. Avec elle s'enfuient les ombres et les appa-
1 rences créées par les délicieuses illusions, et s'éva-
\ nouissentles lointaines espérances sur lesquelles s'appuie
\ la nature mortelle. La vie reste abandonnée , obscure.