CHAPITRE XXI. SSB
restes du poète dans un tombeau qu'il fit élèvera ses frais non loin de la grotte de Pausilype, daaas f la petite église de San-Vitale. C'est là que repose Leopardi, désigné à l'œil distrait du passant par les emblèmes des deux religions qui eurent chacune la moitié de sa vie, la croix chrétienne et la chouette de Minerve. Giordani , comme le vieillard de La Fontaine, grava sur cette tombe une inscription. Elle est d'un goût suspeict. Il s'agissait bien là de protester contre l'indiflfêrence Ae l'Italie et de comparer Leopardi aux Grecs ! Sa l'on veut avoir la véritable épitaphe de Léopard! , la voici, tracée par lui-même le jour où il ensevelit sa dernière illusion :
Tu vas donc reposer pour toujours , ô mon cœur fatigué I elle est morte Tillusion suprême que je croyais étemelle en ;moi. Je le sens bien, de ces chères illusions il ne me reste pas une espérance, pas même un désir. Repose .pour toujours. Tu n'as que trop palpité, n n'est chose ici-bas qui mérite de te faire hattrp , et la terre ni'est pas digne de no« soupirs. Amertume et ennui , voilà la vie , rien autre chose ; c'est une fange que ce monde. Calme-toi désormais. Désespère pour la dernière fois. A notre race, le destin n'a fait qu'un don, la mort. Méprise tout désormais, toi-même, la nature, ce hideux pouvoir qui , dans l'ombre , gouverne pour le I malheur universel et l'infinie vanité de toutes choses ! '
an LEOPARDI, SA VIE ET SES («OYRBS.
C'est une lugubre existence que celle qui peut I se résumer ainsi dans une dernière et terrible imprécation!
Pendant que Tinfatigable Ranieri , aidé par 1 Giordani et P. Vîani, travaillait à rassembler les œuvres éparses de Leopardi et à lui conquérir une gloire posthume, un autre poète, triste lui aussi, mais arrivé aux langueurs de la mélancolie par un chemin semé de fleurs, envovait un salut fraternel au génie qui venait de s'éteindre obscurément de l'autre côté des Alpes. La pliipart des Français qui connaissent le nom de Leopardi , le connaissent pour lavoir lu dans ces belles strophes que la muse capricieuse de Musset a jetées à la suite d'une boutade humoristique.
r toi qu'appelle encor ta patrie abaissée,
Dans la tombe précoce à peinerefroidi, Sombre amant de la mort, pâle Leopardi^ Si , pour faire une phrase un peu mieux cadencée, Il t'eût fallu jamais toucher à ta pensée, Qu'aurait-il répondu, ton dbeur simple et hardi ?
Telle fut la vigueur de ton sombre génie, Tel fut ton chaste amour pour l'âpre vérité, Qu'au milieu des langueurs du parler d'Âusonie, Tu dédaignas la rime et sa molle harmonie, Pour ne laisser vibrer sur ton luth irrité Que l'accent du malheur et de la liberté.