‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvresChapitre 115 sur 123 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

l!é4ification commune, et puis parce que cela ne regardait pas la confession.

» 11 me dit :

, — J'eus une excellente éducation depuis mes plus tendres années dans un collège d'Italie, où je terminai le cours des études de belles-lettres et dé philosophie à l'âge de quinze ans. Ayant achevé mon éducation dans un âge frais encore, et m'adonnant à l'étude des lois, en relation avec des camarades fort libres en matière de pensée et de religion, et avec la lecture de livres impies et, surtout de novateurs et de philosophâtres français, je devins un parfait athée et je me suis tenu pour tel jusqu'à ce moment , bie» que j'eusse de loin en loin des lueurs à l'esprit et 3e fortes impulsions au cœur. Cependant, n'ayant pu entendre les sages conseils et corrections de mon religieux père, je fus chassé de ma maison. Depjiis ce temps -là j'ai erré en Italie de ville en ville et je me suis fixé à Naples depuis quatre ans. Là, ayant eu affaire à un savant ecclésiastique ( dont il me tut le nom ) et étant entré I^sieurs fois en conférence sur la religion<, je commençai à ouvrir les yeux et à rentrer en moirçaême. Dès-lors je fus incapable de résister encore aux impulsions intérieures de la grâce

et je me décidai à me rendre chez quelque Père de la Compagnie de Jésus afin de m'éclairer davantage, bien que cette Compagnie m'eût été en exécration, vu la quantité d'œuvresque j'ai lues contre elle.

» Il eut ensuite avec moi divers autres entretiens , et son âme apaisée , grâce à mon faible concours,. appuyé par la grâce et par quelques livres que je lui donnai , il se réconcilia avec Dieu par le sacrement de la pénitence. 11 se lia avec moi d'une amîti^ si affectueuse que plusieurs fois il me déclara qu'il aurait passé le reste de sa vie en vivant avec moi , comme il me le disait, me manifestant la volonté d'entrer I dans la Compagnie, si le Seigneur lui rendait la santé détruite par des études continuelles. 11 continua de se confesser après , peudant quatre ou cinq mois, et j'allai aussi le visiter et le confesser à l'hospice des Incurables, dans une chambre qu'il y occupait en payant. Ensuite, il partit pour Castellamare, afin d'y prendre les eaux minérales, montrant un vif déplaisir de se séparer de moi , et il y mourut du choléra, sans que je pusse aller le visiter, parce que j'étais parti de Naples pour Bénévent. Le plus grand déplaisir que j'éprouvai ensuite , en recevant la

Page 1