CHAPITRE XXII
Ml
nouvelle de sa mort^ fut de ne pas avoir eu entre les mains divers opuscules qu'il avait dessein de faire paraître, comme il meTavait promis, et qui auraient été de suffisantes déclarations de ses nouveaux sentiments en fait de religion.
» Leopardi avait trente ans quand il mourut : doué d'une âme candide , belle et grande , de stature moyenne, d'yeux très- vifs et d'un visage aimable et charmant , ennemi du vice et amant de la vertu : fourvoyé seulement en matière de religion; mais, en ceci, ramené depuis et parfaitement sur la bonne route.
» 23 mai 1846.
» Francbs(30 Scarpa. »
On a rarement vu une impudence plus naïve que celle de ce Scarpa , et il faut avouer qu'il: n'a guère couru après la vraisemblance. Si le mensonge n'était pas quelque chose d'aussi dégradant, on serait tenté de rire de cette histoire si mal échafaudée, remplie d'impossibilités matérielles , d'inexactitudes palpables^ et qui ne supporte pas l'examen. C'est contre ce château de cartes que Ranieri lança le fougueux Gioberti, lequel écrivait alors son pamphlet du Jésuite moderne. Gioberti n'eut pas de peine à rectifier
LEOPàRDI , SA VIB ET SES OBUVIES .
les faits ; bien que regrettant personnellement Fêloignement de Leopardi pour la foi, il ne laissa point travestir la vérité et administra à l'imposteur une volée de bois vert.
Pour moi, cette ridicule tentative fait naître dans mon esprit je ne sais quels vagues soupçons. Je me demande si, derrière ces 1;énébreux Jésuites qui émeuvent si fort la bile de Gioberti et, par contre-coup , de M. Marc-Monnier , il n'y aurait pas quelque machinateur moins loyal encore. Il me semble qae le père de Leopardi, le comte Monaldo, tel que nous le connaissons, devait avoir plus d'intérêt que les Jésuites à accréditer une pareille histoire. On était alors au plus fort de l'anxiété que la rigueur obstinée de Grégoire XVI faisait peser encore sur les "Etats de l'Eglise. L'impitoyable logique des faits avait condamné ce moine austère, qui en d'autres temps n'eût peut-être été sévère .que pour lui-même, à jouer le rôle d'un tyran.
A peine monté sur le trône pontifical , il s'était trouvé en face du soulèvement de la Rômagne et des Marches , et ses légats surpris par l'orage avaient dû abandonner à l'insurrection triomphante qiielques lambeaux de sa souveraineté. Maître de la situation, grâce aux