‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvresChapitre 117 sur 123 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

armes de T Autriche et aux bandes des SanfédisteSj il avait laissé passer l'heure de la clémenee • il n'avait pas compris que tous les droits ne sauraient être d'un côté et tous les devoirs de l'autre. Obstiné dans ses rigueurs, il resta sourd aux représentations des grandes puissances et ne tint . nul compte d'un mémorandum • auquel l'Autriche elle-même avait apposé sa signature (1831). Depuis lors sa vie ne fut qu'une lutte sans trêve contre la sourde effervescence qu'il se flattait d'étouffer et qui éclatait à toute occasion malgré les garnisaires, la police et les i excommunications. Les idées et même les inventions modernes irritaient cet esprit tout d'une pièce et tourné tout entier vers les traditions du passé. Les caractères s'aigrissent dans de pareils conflits: les proscrits firent contre la papauté le serment d'Annibal ; et le pontife, de son côté, revenait aux plus détestables pratiques du moyen- âge, abandonnées par ses prédécesseurs. Chose étrange! cet homme qui protesta à plusieurs reprises au nom de l'humanité et de l'Eglise contre les^ rigueurs dont le tzar accablait la malheureuse Pologne, livrait sans remords ses propres sujets à une police dont il avait confié la direction aux hommes les plus décriés,

LBOPABDI . SA Vn ET SES OEUVRES.

le colonel Freddi et un ancien forçat, Nardoni. EiFidemment, dans Tun comme dans Taiitre cas , il obéissait à sa conscience; et puisque, pour être juste, il faut juger les hommes d'après ridée qu'ils se sont faite de la loi morale, Grégoire XVI a droit à l'indulgence de l'histoire. L'absohitisme qui croit à son principe est plus noble que celui qui vit d'expidients, mais il n'en est peut-être que plus inflexible. Les esprits possédés par des doctrines absolues et raidis contre toute contradiction perdent à jamais ce je ne sais quoi d'ondoyant et de divers, d'inconséquent et de sympathique, qui est le véritable fonds de la nature humaine .

Au mois de mai 1846, date de la lettre de Scarpa, Grégoire XVI n'avait plus que quelques jours à vivre : mais rien ne faisait pressentir le mouvement de détente , la fièvre d'espérances qu'allait faire naître la bonté si connue et le patriotisme , hélas ! trop tôt effrayé de son successeur. Au contraire , le bruit courait que le pape lui-même était sous la tutelle d'une sorte de gouvernement occulte, que l'Inquisition teillait à son chevet pour l'empôeher, soit de faibUr, soit de se préparer un successeur moins inexorable. Le comte Monaldo, nous l'avons vu,

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