‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvresChapitre 118 sur 123 · CHAPITRE XXIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIL

était accessible à toutes les craintes; que les dangers fussent imaginaires ou réels, il en était trop eflfrayé pour être scrupuleux *sur le choix des moyens d'y échapper. Bu 1832, il avait voulu, à la faveur d'une équivoque habile, faire circuler sous la signature présumée de son fils des brochures protectrices : qui sait si, en 1846, inquiet pour les siens ou mécontent pour son propre compte de la renommée assez peu orthodoxe de son fils aîné, il n'eut pas Tidée de réconcilier la mémoire de ce fils rebelle, dont la franchise n'était plus à redouter, avec les gouvernements d'alors ? Peut-être Scarpa n'est-il si inexact que pour avoir obéi à la première insinuation , san^ attendre qu'on lui fournît des couleurs plus vraisemblables. Si ce soupçon est injuste, je regretterai de m'être trompé, mais je regrette déjà qu'il ne soit pas sans fondement. Ce serait manquer de sincérité que de ne pas avouer qu'une biographie de Leopardi ne saurait contenir l'éloge du comte son père, de c^ père devant lequel le poète s'est fait si humble et qui n'eut pour lui ni un encouragement ni un sourire. Quel reproche que ce tombeau de San- Vitale élevé aux frais de Ranieri, et cette épitaphe où il n'est pas question de la famille qui laissait à l'amitié le soin d*en-

996 leopâbui, sa vie kt sbs (»imiss.

sevelîr un membre abandonné , cette épilapke où la voix du sang devait s'associer à la vdx du cœur ! Peut-être le comte Monaldo ne fut41 que pusillanime, mais il n'avait pas le droit de l'être à ce point ; et si sa sévérité cachait une lutte entre la prudence et Taffection, nous verrons dans ces anxiétés exagérées plutôt une

i explication qu'une excuse de sa conduite. Ce qui est indubitable, c'est que ce père ne sut pas ou-

» blier la blessure faite à son amour-propre, l'injure faite à sa foi, et ce qu'il croyait sans

'f doute une tache imprimée, à son nom par le génie indocile de son fils.

, On dirait que la Providence ne voulut pas le laisser descendre au tombeau sans lui infliger une sorte d'expiation. Lorsqu'il mourut , le 30 avril 1848, l'Italie frémissante se préparait à la guerre de rindépendanc(\ Une légion de volontaires romains, conduite à la croisade par un nouveau Pierre l'Ermite, le barnabite Gavazzi, traversait Recanati pour se rendre en Lombardie. Quelqu'un invita le P. Gavazzi à assister

/ aux funérailles du comte et à prononcer son oraison funèbre. Le religieux se rendit à l'église des Minori Osservanti, et là, en présence du cadavre découvert , selon l'usage du pays , il

Page 1