‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvresChapitre 17 sur 123 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Leopardi prit fait et cause pour son ami , et à travers cinq sonnets d'un réalisme assez cru , il traîna à Tabattoir rirrévêrencieux Manzi , transformé en bœuf furibond ( manzo ) , dont on se rend maître et qu on saigne d'importance. L'allégorie est bien froide , et le cliquetis des mêmes rimes partout répétées bien fatigant. Disons de suite que ces sonnets, publiés seulement en 1826, après la mort de Manzi , n'ont rien ajouté à la gloire de Leopardi , et faisons honneur au poète de n'avoir pas eu le talent de l'injure.

Maïs nous touchons au moment où Leopardi, transfiguré par l'amour de la patrie, va monter du premier coup au rang des plus grands poètes lyriques de l'ItaUe. Jusqu'au jour où il se lia avec P. Giordani, Leopardi n'avait guère jeté sur l'histoire contemporaine de son pays qu'un coup-d'œil distrait. Absorbé par ses travaux d'érudition , il était resté étranger aux espérances et aux déceptions des patriotes. La voix émue de Giordani , qui l'exhortait à travailler à la régénération de l'Italie , éveilla en lui tout un monde de sentiments nouveaux.

•Il se prit à aimer l'Italie avec la véhémence qu'il portait alors en toutes choses et à gourmander l'égoïsme de ceux qui supportaient sans

indignation la servitude. Elu membre correspondant de l'Académie de Viterbe, il répondait en ces termes aux académiciens , le 25 juillet 1817: «... .Je vous en remercie très-sincèrement, » et je me réjouis de votre sollicitude avec ma » nation , à qui il reste si peu de véritable » amour, je ne dirai pas pour les patries parti*- » culières , mais pour- notre glorieuse et souve- » raine patrie commune, Tltalie. J'ai vu avec » un plaisir infini dans vos statuts que le premier » devoir de la classe dans laquelle vous avez » bien voulu m'inscrire est de maintenir notre » langue dans sa beauté et sa pureté. C'est une » tâche bien digne de vos efforts que de con- » server à l'Italie ce trésor en dépit des étrangers » et surtout malgré la paresse et l'incurie des » Italiens, incurie qui, après nous avoir tant » coûté, voudrait nous ravir encore ce trésor de la » langue reine de toutes les langues vivantes. » Triste époque que celle où on ne pouvait haïr les oppresseurs sans mépriser les opprimés !

La comparaison du présent avec le passé , ce passé glorieux dont le souvenir fut toujours invoqué au-delà des monts et par ceux qui espèrent et par ceux qui déplorent , rendait la servitude plus amère. Alfieri s'était nourri de la lecture de

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Plutarque ; le héros du roman de Foscolo, Jacopo Ortis , le Werther italien, puise dans Plutarque, Tacite et Marc- Aurèle la haine de la tyrannie et le courage de mettre fin à son désespoir. C'est aussi en tournant ses regards vers l'antiquité que Leopardi laisse tomber de sa plumé cette phrase significative : « Aujourd'hui, si par » malheur quelque tyran n'arrive pas à la » vieillesse , ce n'est certes pas notre faute. » Telle était l'exaltation secrète de son âme lorsqu'il écrivit son ode « à V Italie ».

Ode à V Italie. — Simonide, le chantre des guerres médiques. — Ode sur le Monument de Dante. — Dédicace à V. Monti.

La littèratune italienne ' abonde en odes ou canzoni patriotiques ; mais, même en éliminant celles qui n'ont été que des exercices de rhétorique et en mettant à part les meilleures, on ne retrouverait dans aucune la mâle énergie et l'originalité puissante de Leopardi. Notre prose timide ne peut rendre les hardiesses et la concision de ce magnifique langage, et pourtant il vaut mieux citer qu'analyser.

« G ma patrie, je vois les murailles et les arcs et les 1^ colonnes et les statues et les tours désertes de nos 3 aïeux, mais la. gloire , je ne la vois point , je ne vois ]» point le laurier et le fer dont étaient chargés nos » pères d'autrefois. Aujourd'hui, désarmée, tu montres ]» ton front nu et ta poitrine nue. Hélas ! que de blés-

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