‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvresChapitre 19 sur 123 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY

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vous mit au jour, vous qvte la Grèce révère et que le monde admire! Quel amour si puissant sur vos jeunes âmes, quel amour vous a entraînés à travers les armes et les périls à une fin prématurée ? Gomment l'heure suprême vous parut-elle si attrayante, ô fils (de l'Hellade), que vous courûtes en souriant au triste et cruel trépas ? On eût dit que chacun de vous allait à la danse ou à un splendide festin et non pas à la mort; mais ce qui vous attendait, c'était le sombre Tartare et l'onde morte, et ni vos épouses ni vos fils ne furent à vos côtés quand sur l'âpre rivage vous mourûtes sans baisers et sans pleurs ,

y> Mais non sans infliger aux Perses une horrible douleur et une immortelle angoisse. Gomme un lion, au milieu d'un troupeau de taureaux , tantôt bondit sur le dos de l'un et lui laboure l'échiné avec ses dents, tantôt mord àl'autre le flanc ou la cuisse, telle se déchsdnait sur les escadrons des Perses la valeur indignée des Grecs. Voyez chevaux et cavaliers à la renverse ; voyez les chars et les tentes abattues barrer la fuite aux vaincus ; voyez courir avec les plus alertes le tyran lui-même , pâle et échevelé : voyez comment, trempés et teints du sang barbare, les héros grecs, après avoir causé aux Perses des maux infinis, peu à peu vaincus par leurs blessures , tombent l'un sur l'autre. Honneur aux braves ! On vous proclamera mille fois heureux tant que le monde saura parler ou écrire. ,

» On verra les étoiles, arrachées du ciel, se précipiter dans la mer et s'éteindre en sifflant dans s js profon-

LEOPÀRDI , SA VIE ET SE& QEUYRES.

deurs avant que s'efface votre mémoire et que s'af^blisse la ferveur de votre culte. Votre tombeau est un autel : les mères y viendront, montrant aux petits enfants les nobles traces de votre sang. Et moi, je me prosterne, héros bénis, sur ce sol, et je baise ces rochers et ces glèbes qui seront éternellement vantés et glorieux de l'un à l'autre pôle. Ah! plût au ciel que je fusse avec vous , moi aussi , dans les entrailles de cette terre bénie et que le sol fût trempé de mon sang ! Enfin, si pour moi le destin est différent et ne veut pas que, frappé en combattant pour la Grèce, je ferme mes yeux mourants sur un champ de bataille ; les dieux veuillent que l'humble jenommée de votre chantre dure auprès des générations futures, aussi longtemps que durera la vôtre. »

On reconnaît dans cette canzone le patriote de Técole d'Alfieri et le nourrisson des muses grecques. Alfieri, appliquant peut-être à son insu une idée chrétienne, pensait que pour régénérer les peuples il faut les retremper dans le sang des martyrs de la liberté ; il croyait que les dévouements éclatants sont capables d'allumer subitement dans une nation le feu sacré de l'enthousiasme et de lui rendre en un moment le sentiment de sa dignité , tandis que la froide raison de Machiavel demandait, pour opérer de pareilles révolutions, le levier irrésistible des

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