‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvresChapitre 20 sur 123 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

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masses populaires, lentement travaillées et poussées à Vàction par une idée commune. C'est bien un disciple d'Alfieri qui s'écrie : « Je succomberai seul. Accorde-moi , ô ciel / que mon sang soit un feu pour les cœurs italiens. »

Le souvenir des guerres médiques se présente de lui-même à quiconque veut opposer le droit à la force brutale, la valeur au nombre. C'est ainsi que nous le retrouvons sous la plume de Dante , aux yeux duquel THellespont « est encore iin frein à tous les orgueils humains S>, dans les odes patriotiques de Pétrarque * et dans les Sepolcri de Foscolo. Leopardi a rajeuni ce thème avec sa science philologique. L'hymne funèbre de Simonide est une restitution d'un chant fameux du poète de Ceos. D'autres ont remarqué déjà* la prédilection de Leopardi pour le grand lyrique grec dont la renommée, si ses œuvres n'avaient été à peu près anéanties par le temps, balancerait aujourd'hui comme autrefois celle de Pindare. Le secret de cette prédilection n'est pas difficile à pénétrer. Simonide était un patriote ardent , qui s'éleva un des premiers

1 Dante, Purgatoire, ch. xxviii, 74.

3 Pétrarque, Camone IL

s V. Sainte-Beuve, Portraits contemporains, IV, p. 378.

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à ridée de la solidarité entre tous les peuples helléniques , un cœur accessible aux grandes émotions et parfois même aux tristesses intimes de la vie. Tandis que Pindare, le poète hiératique , chantait avec plus d'art que de spontanéité les exploits nationaux auxquels ni lui, alors dans toute la vigueur de Tâge, ni ses compatriotes les- Thébains n'avaient pris part , ou se hâtait , suivant sa coutume, d'attribuer à l'intervention des dieux une bonne moitié du succès , le vieil ami de Thémistocle et de Pausanias, malgré ses soixante-dix ans , retrouvait toute la verve de sa jeunesse pour célébrer les héros des Thermopyles et de Marathon ; à quatre-vingts ans il chantait Artemisium , Salamine , Platée , et expirait à quatre-vingt-dix ans en envoyant un souvenir attendri aux guerriers tombés à la bataille de l'Eurymédon. Leopardi était fait pour comprendre cet homme-là. Aussi a-t-il pieusement recueilli dans ses vers la substance des fragments de Simonide épars dans l'Anthologie et librement imité ce débris de l'hymne aux compagnons de Lébnidas, conservé par Diodore de Sicile : « De ceux qui sont morts aux Thermopyles , glorieux est le sort , belle est la destinée. Leur tombe est un autel. Pour eux, point

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