CHAPITRE lY
de gémissements , mais un souvenir ! Un tel trépas est un panégyrique-. Ni la poussière , ni le temps destructeur ne flétrira leur suaire, car il recouvre des braves. Ce tombeau où ils reposent renferme la gloire de THellade , témoin Léonidas , le roi de Sparte , qui a laissé un immense renom de courage et une gloire éternelle*.»
Leopardi a soufflé sur cette poussière et l'a fait revivre. C'est ainsi que les fortes études de son adolescence , loin de stériliser son imagination, le conduisaient aux sources d'où avait jailli jadis et d'où pouvait jaillir encore l'inspiration poétique.
Cette ode à l'Italie était accompagnée d'une autre canzone sur le Monument de Dante , c est-àrdire, sur le cénotaphe que Florence faisait élever dans l'église de Santa-Croce à la mémoire de l'Alighieri, avec l'intention, aujourd'liaij*éa- i ^ ^'-^ lisée, d'y rapporter les cendres de l'illustre exilé. ( ^"^^ On retrouve dans ce morceau lyrique le môme élan patriotique , les mêmes accents désolés ; ^ mais le ton est plus énergique encore et plus agressif ; Tindignation éclate en éloquentes in-
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1 Diodore de Sicile, BibUolhèque historique , XI, 11.
44 LEOPàRDI , SA VIE ET SES OEUVRES.
vectives. Voici comment il parlait de la domination française : nous pouvons écouter sans colère cette brûlante tirade , car Tauteur eut plus tard Toccasion de revenir sur ses premières impressions ; peut-être en effaçant, comme il le fit , le nom de la France , regretta-t-il de ne pouvoir le remplacer par celui de TAutriche :
« Je passe sous silence les autres ennemis et les
autres douleurs y niais non pas la noire et scélérate France , par qui ta patrie faillit voir son dernier jour. » Heureux, ô toi que le destin ne condamna point à vivre parmi tant d'horreurs : qui n'as pas vu l'épouse italienne au bras d'un soldat barbare, ni le bâton ennemi et la fureur étrangère piller, dévaster cités et campagnes ; ni les œuvres divines des génies italiens traînées en esclavage au-delà des Alpes et la voie douloureuse encombrée de chariots chargés ; ni les ordres insolents et les dominations superbes ; tu n'as pas entendu les outrages et la profanation du mot de liberté qu'on nous jetait comme une insulte au bruit des chaînes et des fouets. Qui ne gémit alors? Que n'avons-nous pas souffert? Qu'ont laissé d'intact ces ijiéchants ? quel temple, quel autel ou quel forfait?»
Après avoir décrit avec énergie la retraite de f Russie et le trépas des Italiens mourant pour la France , le poète s'écrie :
« glorieux esprit, dis-moi, est-il mort, l'amour de