CHAPITRE VI
rimagination désolée de Leopardi, et où n'arrivent plus les bruits lointains de la vie réelle , il nous resté à citer les odes dans lesquelles Famour de la patrie , bien que mêlé , lui aussi , de désespoir, arrache pourtant le poète à la contemplation de ses propres souffrances. Angelo Mai venait de retrouver dans des palimpsestes une partie considérable de la République de Cicéron(1819):
€ Italien audacieux y>y s'écrie Leopardi% ^ pourquoi » ne cesses-tu jamais de réveiller nos pères dans leurs » tombes et les amènes-tu parler à ce siècle mort sur » lequel pèse comme un épais brouillard d'ennui? Com- > ment viens-tu maintenant retentir si fort et si souvent ^ à nos oreilles, voix antique de nos aïeux restée muette » si longtemps ? £t pourquoi tant de résurrections? En » un clin d'œil , les parchemins sont devenus féconds : » les cloîtres poudreux ont conservé à l'âge présent les ) généreuses et saintes paroles des ancêtres >
Après avoir passé en revue les gloires de l'Italie , Dante , Christophe Colomb , le Tasse , Alfieri , héros dépaysé au milieu d'une génération de lâches , et montré les tristes étapes de la décadence, il termine ainsi cette longue satire :
< Aujourd'hui nous vivons satisfaits de repos, et
1 Can%one lU : i Angelo Mai.
58 leopàrdi, sa vie et ses oeuvres.
]» amoindris par la médiocrité : le sage est descendu et 9 la foule est montée à un même niveau qui égalise le » monde. découvreur fameux, poursuis ; réveille les » morts, puisque les vivants dorment : arme les langues > disparues des héros d'autrefois , tant qu'à la fin ce » siècle de fange ou aspire à la vie et se lève pour agir 1» ou ait honte de lui-même. »
Michel- Ange était moins hardi : la Nuit que son ciseau magique endormit sur le tombeau des Médicis était heureuse de dormir « tant que dure le malheur et la honte » , et priait ses admirateurs de respecter son sommeil.
Un Italien avait le droit de tenir à ses compatriotes ce langage sévère, car personne ne peut se méprendre sur ses intentions. Mais.
M. de Lamartine fut moins bien inspiré lorsque, quelques années après, il mettait dans la bouche de son Child-Harold disant adieu à lltalie ces vers méprisants :
* Je vais chercher ailleurs, pardonne, ombre romaine ! ' Des hommes et non pas de la poussière humaine.
11 y avait là une faute de goût et une injustice, qui valut du reste à son auteur un coup d'épée galamment reçu a u ch amp d^bonneur, de la main de Gabriele Pepe.