‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvresChapitre 40 sur 123 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

cette pensée dans le recoin ignoré où il lui semble toncher à la vie inconsciente et en fait le fragment sur Vlnfini.

€ Elle me fut toujours chère, cette colline déserte et » cette haie qui cache au regard sur une si grande ]» étendue les profondeurs de Thorizon. Mais, assis et » en contemplation, je me figure par-delà des espaces -» illimités, des silences surhumains et un repos absolu, » où peu s'en faut que le cœur ne s'épouvante: et

> comme j'entends le vent frémir dans ces broussailles^ » je me prends à comparer le silence infini à ce mur- » mure; et je pense à l'éternité, aux âges passés, à » celui qui vit présentememt et au bruit qu'il mène.

> Ainsi, ma pensée se noie dans cette immensité et le ï naufrage m'est doux dans cette mer. »

C'est encore sur cette coUine que le ramènent ses promenades nocturnes et qu'il vient faire ses confidences à la lune, l'amante de tous les rêveurs. Il n'est guère de poète, depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, qui n'ait payé son tribut d'admiration à notre satellite. Déjà, un aède homérique dédaigne de la déguiser en blonde Phœbé, ou en Artemis à l'arc d'argent; il invoque « la Lune douce, bienveillante * »; c'est à la « vénérable Lune » que la bergère délaissée

< Hymnes homériqtiBS , H. xxxii, à la Lune.

de Théocrite confie ses chagrins d'amour * . En France et au xvii® siècle , — c'est-à-dire -à unQ époque et dans un pays où les rêveries nocturnes n'étaient guère à la mode — CoUetet constate , dans un langage précieux et emphatique, que les poètes étaient restés fidèles au culte de la lune « Cette flâme enchâssée dans un cercle d'argent, cette image visible du soleil qui partage avecque luy l'empire du monde, ne semblet-elle pas tressaillir de joye, lorsque parmi l'espaisseur et le silence des ténèbres, elle entend résonner les hymnes des poètes qui luy donnent le titre de soleil de la nuict * ? » Les poètes contemporains ont largement usé de cette oreille complaisante : j'imagine même que la muse vaporeuse de l'Allemagne en eût abusé, si la mythologie et par suite la langue des Germains n'eût infligé à la lune le sexe masculin qui la réduit à n'être plus qu'un rôdeur de nuit, le satellite ou le valet de la terre ' . La lune semble exercer sur l'imagination de l'homme la même attraction que sur les éléments. Tout ce qu'il y

« Théocrite, Idylle II.

2 Colletot, Discours à V Académie Françoise (1636). ' Gœthe, pour la chantpr à Taise, lui rend son nom latin (An I Lufia), tandis qu*il ne trouve rien à lui dire quand il lui laisse son nom allemand (An den Mond),

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