‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvresChapitre 41 sur 123 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

a de plus vague et de plus indéfini dans le cœur humain, les aspirations sans but, les tristesses sans objet, les questions sans réponse, les élans de cette sympathie obscure qui rattache l'homme à la création tout entière, tout cela monte comme une marée intelligente vers ce pâle visage qui semble receler une pensée éternellement attentive et toujours prête à rompre son . éternel silence. Lés magiciens d'autrefois durent centupler le nombre de leurs dupes le jour où ils imaginèrent de faire descendre du ciel en l terre cet oracle fixé par tant de regards.

C'est donc à la lune que s'adresse le Chant / nocturne d'un pasteur errant de l'Asie. On devine ce que demande le vieux Tartare à « l'éternelle voyageuse. » Pour lui, la vie est un mal, et il ne sait pourquoi il Ta reçue :

« Mais toi, solitaire, éternelle voyageuse, que je

» vois si pensive, tu pénètres peut-être le secret de cette » vie terrestre, de nos souffrances et de nos soupirs, ce » que veut dire cette mort qui étend sur le visage une » pâleur suprême, qui nous fait disparaître de la terre » et quitter toute société amie. Toi, tu comprends ï certainement le pourquoi des choses et tu vois l'utilité }» du matin, du soir, de la marche silencieuse, infinie 9 du temps. Tu sais sans nul doute, toi, à quel doux

» objet de son amour sourit le printemps, à quoi sert la » saison brûlante, et ce que veut l'hiver avec ses glaces.

> Tu sais, tu découvres mille choses qui sont cachées » au pâtre naïf. Souvent, quand je te vois planer ainsi » muette sur la plaine déserte dont le circuit lointain » confine au ciel, ou me suivre pas à pas avec mon » troupeau, et quand je regarde . les étoiles flamboyer » au ciel, je me dis en moi-même : Pourquoi tant de » feux ? que fait l'air infini, et cette profondeur infinie » du firmament? que veut dire cette solitude immense? » et moi, que suis-je ? C'est ainsi que je raisonne en » moi-même ; et à cette demeure immense et splendide, ]» à l'innombrable famille qui la peuple , à cette activité, :» à ces mouvements de tous les corps célestes et ter- » rostres tournant sans cesse pour revenir au point d'où

> ils sont partis, je ne puis trouver aucun but, aucun » résultat. Mais toi, vierge immortelle, tu connais certai-

> nement le fond des choses. Ce que je sais et ce que » je sens, moi, c'est que des éternelles révolutions de » l'univers etxie mon être fragile un autre tirera peut- 3) être quelque bien ou quelque contentement : pour moi » la vie est un mal I....

La vie est un mal ! Voilà la conclusion à laquelle aboutissent fatalement toutes les lamentations ^e Leopardi. Parfois, comme dans l'ode Au Printemps et \ Hymne aux Patriarches^ il regrette le temps où l'imagination antique prêtait une âme aux objets inanimés et peuplait

Page 1