‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvresChapitre 42 sur 123 · CHAPITRE YIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIII

grottes et bocages de nymphes souriantes * :

il retourne aux vieilles fables de l'âge d'or et semble croire que Thomme, en s'écartant des vues de la nature, s'est fait lui-même l'artisan de son malheur ; mais ce n'est là qu'une fiction poétique, une apologie de la divinité timidement murmurée par sa muse. En tout cas, l'âge d'or s'est envolé ; la terre n'est plus qu'un vaste atelier de douleur. Ordinairement le poète ne dit pas, comme tout-à-rheure :«pour moi la vie est un mal » : il regarde les hommes comme des compagnons d'infortune, et c'est de leurs maux aussi bien que des siens qu'il demande raison à cette puissance mystérieuse qui a mis en jeu le mécanisme de Tunivers , .à cette puissance qu'il appelle le Destin, la Nature, et qu'il n'ose pas appeler Dieu.

Certes, ce n'est pas nous qui lui ferons un crime de mettre de la timidité dans le blasphème et de viser trop bas quand il lance ses accusations contre le ciel, mais on sent qu'il y a

< Cf. Schiller, Lu dieux de la Grèce , et les beaux Térs d*Alfred de Musset :

Regrettez-Toug le temps où le ciel sur la terre Marchait et respirait dans un peuple de dieux? (Rolla).

de la résignation juisque dans sa révolte. 11 a conscience de son impuissance et les héros dans lesquels il se personnifie, Brut us ou Sa^ho , ne trouveiit pas de protestation plus éloquente que le suicide. Us n'oseraient point, comme le Prométhée de Gœthe, braver Jupiter en se proclamant heureux malgré lui . «Moit'honorer?» dit le Titan « pourquoi ? As-tu jamais adouci mes » .souffrances dans Taffliction? As -tu jamais » séché mes larmes dans Tangoisse ? Qui m'a » forgé un cœur d'homme ? n'est-ce pas le Temps » tout-puissant et le Destin éternel, mes maîtres » et les tiens? Croyais-tu par hasard que j'allais » haïr la vie et fuir au désert parce que toutes » les fleurs de mes rêves n'ont pas porté de » fruit ? Non , je reste ici : je pétris des hom- » mes à mon image, une race qui me ressemble, » capable de souflFrir, de pleurer, de jouir, de » goûter le plaisir et de te mépriser, comme » moi * ! »

Leopardi n'a point de ces élans superbes qui vont cljiercher le sublime par-delà les limites qu'une sage raison s'interdit de dépasser. Ni la nature , ni l'éducation ne l'avaient fait pour les

< Gœthe, Gedkhie (Prometheus).

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