‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvresChapitre 43 sur 123 · CHAPITRE YIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIII

extrêmes. Jeune, il avait conservé trop de foi, homme fait , il avait recouvré trop de calme et trop bien pesé ses forces pour essayer de lutter » corps à corps avec le nom redoutable du Dieu vivant et personnel qu'il avait jadis adoré avec tant de ferveur. Tendue à ce diapason , sa lyre se fût brisée. Il s'est bien jugé lui-même, et niieux peut-être qu'il ne le pensait, en se comparant au Passereau solitaire qui , perché au faîte d'une vieille tour , regarde la parure printanière des champs et l'épanouissement de la vie universelle sans se mêler aux ébats des autres créatures, et gazouille une sorte de monologue plaintif dont les dernières notes s'éteignent avec le jour. Cette voix n'est pas assez puissante pour imposer l'attention à l'indifférent qui passe ; celui qui l'écoute d'une oreille distraite croit l'avoir déjà entendue cent fois ; il faut s'approcher et écouter à loisir pour en apprécier la grâce native et la modeste originalité.

Je ne commettrai pas la faute, j'allais dire le crime, de soumettre les poésies lyriqijes de Leopardi à une froide et méthodique analyse dans le seul but d'y chercher des réminiscences, dés points de comparaison, et de disperser dans de nombreux parallèles les membres du poète.

I L'esprit le plus original est rempli d'idées qui appartiennent à tout le monde et qui , déjà exprimées sous mille formes, ne s'immobiUsent dans aucune. Les idées qui constituent le thème poétique de Leopardi, la fuite du temps , le rapide déclin de la vie humaine, le néant de nos joies et de nos espérances, Taccord ou le contraste dps passions de Têtre pensant avec le symbo-

^ lisme changeant de la nature inanimée, sont de ce nombre et Ton ne saurait y toucher sans évoquer une foule de réminiscences. Est-ce à dire que Leopardi soit allé les prendre dans tel ou tel recoin de sa mémoire, que tel passage procède de Lucrèce, d'Horace ou d'Ovide, tel autre deByronoude Chateaubriand? Dans les détails même, où l'on peut d'ordinaire surprendre avec plus d'évidence le labeur de l'imitation, les poésies de Leopardi peuvent supporter l'examen* du critique le plus décidé à faire preuve de sagacité et d'érudition. Tout au plus trouverait-il que, en comparant sa pensée dominante à une tour isolée dans une plaine déserte, le poète rappelle René rencontrant une colonne debout dans le désert « comÈae une grande pensée dans une âme que les ans et le malheur ont dévastée » ou que, dans Le soir du jour

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