CHAPITRE VIII
Ce goût , qui a tant profité à la science historique, était devenu, comme il arrive toujours, un peu exclusif, et maint archéologue eût donné cent idées neuves pour le moindre fragment d'inscription. Leopardi s'aperçut avec dépit que ni ses vers ni sa philosophie n'étaient de mise en pareil lieu, et qu'il lui faudrait se résigner à n'être estimé qu'en raison de ce qu'il regardait comme le moindre de ses mérites. Encore risquait-il, avec son érudition purement philologique, de passer pour un médiocre antiquaire.
Impressions de voyage des gens mal portants. — Leopardi â Rome. — Visites et démarches. — Prélats et archéologues. — Leopardi et les savants allemands. — Déceptions et découragement de Leopardi.
En quittant Recanati, Leopardi se flatta sans doute un instant d'y avoir laissé une bonne partie de ses misères et de ses chagrins. Mais le pli était pris et les distractions extérieures étaient impuissantes à le guérir de cette habitude de s'observer et de se tourmenter lui-même. Le plus triste effet des infirmités physiques, celui qui ne manque guère de se produire lorsqu'elles sont prématurées et incurables, est de rapetisser le caractère en exagérant la sollicitude avec \ laquelle l'être vivant veille à sa propre conser- ^ vation. Cette préoccupation constante du valél tudinaire, outre qu'elle ajoute à ses maux réels