CHAPITRE IX
» ses, le globe ne suffirait pas à contenir le » genre humain *. »
Ce sont là de bien petites réflexions pour un si grand esprit : et si nous le croyions sur parole, il nous mettrait en garde contre Timaginatipn de son biographe Ranieri qui nous le montre « contemplant avidement dans des monuments immortels cette antiquité surhumaine qu'il avait si longtemps contemplée dans des Uvres immortels. » Mais Leopardi ne trouvait pas Rome aussi déplaisante qu'il le dit. Sans doute, la ville des papes n'exerçait pas sur lui l'espèce de fascination dont elle enivre les âmes ferventes qui se dilatent et s'épanouissent ^ à l'idée d'être au centre du monde chrétien ; elle n'avait pas non plus pour lui Italien ce charme indéfinissable qu'a pour le touriste venu i de loin le contact d'un monde nouveau ; mais , au-dessous et à côté de cette Roine moderne, il ) y en a une autre qu'il était bien digne de comprendre et d'aimer. C'est là, au milieu des ruines silencieuses toutes peuplées de souvenirs, ou dans les musées qui abritent les plus précieux de leurs débris, qu'on aime à se le figurer
1 EpUtolario, 1, p. 258 (3 dée. 1822).
fOâ LEOPARDI, SA YIB ET SES OEUVRES.
absorbé par la méditation et goûtant les douces émotions de l'artiste et du savant. Seulement, ces joies, il les gardait pour lui seul ; car, nonseulement elLes ne Tempêchaient point de sentir vivement de temps à autre l'éloignement des siens et cédaient le pas à la mélancolie lorsqu'il prenait la plume pour écrire à Recanati, mais il s'était fait un devoir fraternel de ne pas exalter chez Carlo, par de séduisantes peintures, le désir de sortir, lui aussi, de la maison paternelle. C'est pour encourager son frère à la résignation bien plus que pour se plaindre, que Leopardise déclare sans cesse plus désillusionné et plus triste que jamais. Il accumule les raisonnements pour démontrer à Carlo que les grandes villes sont de tous les séjours les plus ennuyeux, que l'on s'y trouve perdu dans une foule indifférente, et qu'à moins d'être un prince ou un \ ^ Crésus, onjr est compté pour rien ; qu'à Rome en particulier , les hommes sont stupides à faire pitié et les femmes d'une froideur béate qui a t comme un parfum de sottise. Le théâtre est I détestable ; on y gèle parce, que chacun rend 1 justice aux pièces et aux acteurs en restant chez soi : ou si, par hasard, on tombe sur un bon ^ opéra avec un ballet passable, les Romains , qui