‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvresChapitre 49 sur 123 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Cicèron, mais ni l'un ni l'autre n'étaient hommes j à s'occuper sérieusement de lui. Dans les antichambres et dans les bibliothèques s'agitait une foule de numismates et d'épigraphistes que Leopardi rencontrait partout sur son chemin et dont il trace un portrait peu flatté . « Quant aux » lettrés, écrit-il à son père, j'en connais vrai- » ment fort peu, et ce peu m'a fait perdre l'envie j » d'en connaître d'autres. Tous prétendent ar- » river à l'immortalité en carrosse , comme les » mauvais chrétiens en paradis. Selon eux, le » comble de la sagesse humaine, ou plutôt la » seule et véritable science de l'homme, est celle » des antiquités. Je n'ai pas encore pu rencon- » trer un lettré romain qui sous le nom de litté- » rature entende autre chose que l'archéologie. » Philosophie, morale, politique, science du » cœur humain, éloquence, poésie, philologie, » tout cela est dépaysé à Rome , et passe pour » un jeu d'enfants, en comparaison de l'art de » trouver si tel morceau de cuivre ou de pierre » appartient à M. Antoine ou à M. Agrippa. ) » Le beau de tout ceci est qu'on ne trouve pas » un Romain qui possède réellement le latin et » le grec : et sans la connaissance parfaite de » ces langues , vous . voyez ce que peut être

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/ » Tétude de Tantiquité. Toute la journée ils » babillent et discutent , ils se raillent les uns » les autres dans les journaux , ils montent des » cabales et des coteries : et c'est ainsi que » vit et que progresse la littérature romaine. » Pour moi, certains d'entre eux me connais- » saient avant mon arrivée , les autres non.

» Ceux-là me traitent fort bien, ceux-ci assez

^ » froidement, comme il arrive à un homme » nouveau, surtout à un homme qui ne s'est » jamais soucié de se faire connaître dans cette » ville et qui ne sait pas parler de leur science » favorite ou qui s'ennuie d'en parler * . »

Quand il écrit à son frère, il se gêne moins encore : « De la littérature je ne sais que vous

) » dire. Des horreurs et encore des horreurs.

I » Les noms les plus saints profanés, les plus » insignes sottises portées aux nues, les meil- » leurs esprits de ce siècle foulés aux pieds » comme inférieurs au moindre lettré de Rome ; » la philosophie méprisée comme un enfantil- » lage ; le génie , l'imagination et le sentiment, » inconnus même de nom et étrangers aux poètes » et poétesses de profession : l'archéologie mise » par tout le monde au pinacle de la science

1 Epiitolario, I, p. 265 (9 déc. 1822).

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