CHAPITRE IX
» humaine et considérée partout et toujours i » comme Tunique étude digne de Thomme. Je » n'exagère pas : au contraire, il est impossible » que j'en dise assez. Littérateur et antiquaire, » à Rome, c'est tout un. Si je ne suis pas anti- » quaire, il est entendu que je ne suis pas un , » littérateur et que je ne sais rien *. »
Leopardi, qui s'exerça toute sa vie à la patience sans réussir à être un homme patient, se laisse aller un peu trop vite à un mouvement d'humeur. Après tout, il était à Rome depuis trois semaines tout au plus ; la plupart de ses travaux étaient inédits ; les savants ne connaissaient de lui que quelques articles insérés dans le Spettatore et trois odes qu'ils n'avaient peut-être pas lues, et il fallait toute son inexpérience de la vie pour s'étonner que le mérite ne fût pas porté i du premier coup à sa véritable place . Mais il y a à son dépit une cause plus intime que l'on sent . percer dans ses insinuations et que Ton com- f prend quand on connaît sa vie intime . Dans sa solitude de Recanati, il s'était fait, en politique et en religion, des idées qu'il devait cacher comme un crime ; il savait que ses poésies inédites et ses ébauches de dialogues philosophiques
I EpUlolario, l, p. 268 ( i 6 dée. 1 822}.
auraient suffi, une fois divulguées, pour lui fermer toute carrière officielle ; il n'osait se montrer tel qu il était et s'indignait en secret d'en être réduit à transiger avec sa conscience. Il se sentait diminué à ses propres yeux de tout ce qu'il sacrifiait d'indépendance aux nécessités du moment, et il apprenait par son exemple qu'on ne.refoule pas impunément dans un cœur bien né la noble passion de la sincérité.
Contraint et froissé dans ses rapports avec les fonctionnaires romains, il rencontra une vive sympathie dans le petit cercle de savants étrangers, allemands pour la plupart, qui étaient venus à Rome pour y étudier de plus près l'antiquité. C'était l'élite des travailleurs que les universités germaniques envoyaient à la conquête du vieux monde romain ; et il faut reconnaître en passant, — ne fût-ce que pour noter cetexempie comme bon à suivre *, — qu'ils ont rendu avec usure à leur pays, en gloire scientifique et littéraire, le peu qu'ils lui ont coûté. Leopardi , ravi
< Ce vœu est aujourd*hui une réalité. A côté de VlruUtut de correspondance archéologique fondé en 1829 par Gerhard et Bunsen et largement doté par TAllemagne , grandit maintenant une Ecole française d* archéologie, fondée par M. Jules Simon et dont la direction a été confiée au zèle intelligent de M. Albert Dumont.