‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvresChapitre 60 sur 123 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

» ment , aussi fortement que j'aimais autrefois » ces doux objets que mon imagination se » plaisait à créer , ces rêves dans lesquels vous » faites consister une partie du bonheur. En » effet, il n'appartient qu'à l'imagination de pro- » curer à l'homme la seule espèce de bonheur » positif dont il soit capable. C'est la véritable » sagesse que de chercher le bonheur dans » l'idéal , comme vous faites. Pour moi , je » regrette le temps où il m'était permis de l'y » chercher, et je vois avec une sorte d'effroi » que mon imagination devient stérile et me » refuse tous les secours qu'elle me prêtait » autrefois.

» Cette lettre est déjà trop longue. Le plaisir » de causer avec vous sur ces sujets , sur » lesquels vous vous expliquez avec tant dejus- » tesse et de profondeur , m'a fait oubher cette » partie de votre lettre dans laquelle vous me » demandez quels sont nos meilleurs écrivsdns » philosophes. Je tâcherai de répondre à cette » question dans un autre temps. A l'égard des » théologiens , je ne sais presque si nous en » avons qui soient excellents. J'ignore même » s'il peut y avoir de l'excellence dans ce » genre.

«Votre ami, M. le baron de Hert (je crois » ne savoir pas écrire son nom) est-il revenu » chez lui ? comment se porte-t-il ? Faites-lui » mes compliments et donnez-moi de ses nou- » veUes, je vous prie. Le bon abbé. Cancellieri » s'amuse toujours à faire des livres et à les » publier. Mon oncle Antici va partir de Rome » pour venir passer l'été à Recanati. Ma santé » est bonne. Je vis ici comme dans un ermitage : » mes livres et mes promenades solitaires occu- » peut tout mon temps. Ma vie est plus uniforme » que lé mouvement des astres , plus fade et plus » insipide que lesparole de notre opéra. Adieu , » mon cher ami , aimez-moi , s'il est possible , » autant que vous méritez d'être aimé. Parlez- » moi de vos occupations, de vos desseins, de vos » observations philosophiques : plus vous vous » étendrez sur ces sujets, plus vous me ferez » plaisir * . »

Nous n'avons pas voulu retrancher une ligne de ce fragment de confession ; il y a là telle naïveté qui dénote chez Leopardi une grande candeur d'âme et qu'on ne voudrait pas voir proscrire par une logique plus serrée. Lorsqu'il

1 EpUtolarid, 1, p. 318-321 (23 juin 1823).

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