‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvresChapitre 70 sur 123 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

» enracinée que j'jtvais du contraire ; elle a res- » suscité mon cœur, après un sommeil ou plutôt » une mort complète, prolongée durant tant » d'années * .

Le salon de la comtesse Malvezzi est le lieu du monde où Leopardi a été le plus heureux.

Il y trouvait cette tendresse demi-maternelle après laquelle soupirent les enfants gâtés et les êtres chétifs ; trop débile pour jouer avec les grandes passions, il goûtait sans trouble et sans remords le plaisir de dominer pajr la supériorité de son intelligence l'âme impressionnable d'une femme d'esprit. Le cœur avait la part du lion dans ces douces causeries , et on la lui faisait d'autant plus large qu'il paraissait plus timide et plus résigné. Pour une âme jeune et naïve, de tels plaisirs ne compensaient-ils pas amplement le risque d'être assassiné le soir dans les rues désertes de la ville ? Car on assassinait beaucoup à Bologne , en l'an de grâce 1826. i Les vengeances personnelles se mêlant, comme il arrive toujours, aux vengeances politiques, et les voleurs eux-mêmes ayant pris l'habitude de tuer ceux qui ne portaient pas sur eux leur ran-

< ^pis/otono, I, pag. i56 (30 mai t826).

180 leopàrdi, sa vie et ses oeuvres.

çon, les meurtres se multipliaient à tel point qu'il fallut créer une sorte de chambre ardente. On prononça plus de cinq cents condamnations en un jour, et un édit comminatoire déclara que quiconque serait trouvé armé serait pendu sans autre forme de procès. La sévérité du tribunal, présidé d'abord par le cardinal Rivarola, puis par Mgr . Invernizzi, rassura quelque peu la population ; mais la cause du mal échappait à son action, et le spectre insaisissable du carbonarisme continua longtemps encore à planer sur la malheureuse Italie. Les peuples asservis et mécontents perdent le sens moral : ils s'habituent à ne voir dans les lois que la volonté de leurs maîtres ; le crime même passe pour une protestation et le plus lâche scélérat est sûr de rencontrer des sympathies. Lorsque, plus tard, le comte Rossi fut poignardé à Rome, au pied de l'escalier de la Chancellerie, la foule ouvrit complaisamment les rangs à l'assassin et lui assura l'impunité. Heureusement, ces temps et ces mœurs s'en vont, et bientôt il faudra passer l'Adriatique pour rencontrer des brigands incorrigibles.

A Ravenne, où Leopai:*di fit une petite excursion au mois d'août, on. sentait plus évidemment

* Ces restes D*étaieDtpointà cette époque dans le tombeau où on les croyait ensevelis. Exhumés probablement plus d*une fois par les moines qui craignaient d*étre dépossédée de ce précieux trésor tantôt par les Florentins, tantôt parla ville de H'avenne , ils avaient été déposés, en 1677, par un prieur du couvent, Frà Antonio Sanli , dans une cachette que Ton découvrit par hasard le 27 mai 1865, en abattant un mur Voîtin du tombeau.

Page 1