CHAPITRE XVl
il se fsdt fort de lui démontrer à Tinstant l'excellence de son invention. Un pari s'engage et les deux intéressés courent ensemble aux informations. Descendus en Amérique, ils se trouventnez à nez avec un sauvage en train de manger son fils, qui leur explique très-simplement comme quoi sa famille lui sert de garde-manger. Les voyageurs s'envolent à temps pour échapper à l'appétit des cannibales qui déjà les guettaient à la sourdine. Dans Tlnde, ils voient une jeune veuve se brûler sur le bûcher de son m^ri, un ivrogne qu'elle détestait. Prométhée se tire d'affaire en disant : « Ce sont des barbares », et sans écouter les réflexions de Momuç, il conduit son interlocuteur au beau milieu de Londres , en pleine civilisation. Devant la porte d'une maison. bourdonnait un attroupement de curieux. Les deux touristes entrent et voient trois cadavres. C'était un grand seigneur anglais qui , sans autre raison que le dégoût de la vie , venait de se brûler la cervelle après avoir tué ses deux enfants et recommandé son chien à un de ses amis. Prométhée n'en demande pas davantage et paie la gageure. Leopardi a soin de nous faire remarquer que ces lugubres histoires sont authentiques et conclut en accusant , non pas la
folie ou la perversité des hommes, mais la Nature qui les a faits si malheureux.
C'est donc la Nature qui a fait tout le mal.
Mais quel est son but ? pourquoi des œuvres si imparfaites et si mal venues? Est-ce malignité, est-ce impuissance ? Voilà ce que demande à la Nature elle-même un Islandais errant qui , tout occupé à la fuir, la rencontre bien malgré lui au centre d© l'Afrique. Cet Islandais, qui ressemble trait pour trait à Leopardi , en a long sur le cœur et débute par un vrai réquisitoire. Convaincu dès Tenfance de l'impossibilité d'être heureux, il avait borné son ambition à n être pas malheureux. Aux maux qui viennent de la société, il avait trouvé un remède, l'isolement : mais rien n'avait pu le garantir contre la malveillance de la nature. Bon gré mal gré, il lui avait fallu suffoquer pendant l'été; lliiver, grelotter ou s'échauffer le sang et se perdre les yeux au coin d'une cheminée fumeuse. En vain avait-il cherché un pays habitable; ici des gl^xîes, là des climats torrides, partout des tempêtes, des tremblements de terre, des bêtes féroces, des insectes insupportables : bref, pas un jour sans peine. 11 trouve qu'en l'envoyant sans le consulter dans ce bas monde , la nature s'engageait à s'occuper de