CHAPITRE XVII
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tous deux Font regardé comme le plus grand tourment de l'homme et en môme temps comme la marque de sa supériorité. Leopardi ne se lasse pas de répéter qu il préfère la douleur même à Tennui. A plus forte raison lui préfère-t-il les agitations , les inquiétudes , et au besoin les périls de la vie active. Ainsi ce contemplateur solitaire qui, dans ses conceptions théoriques , ne trouve aucun but à l'activité humaine , rentre par cette voie détournée dans les habitudes du sens commun et recommande de mettre le temps à profit pour éviter de sentir trop lourdement le poids des heures inoccupées. Le danger est même contre Fennui un remède plus efficace que le travail : rien ne distrait de la vie comme d'affronter la mort . Nous avons déjà rencontré cette idée dans Fode à un vainqueur au jeu de paume (p. 59) , nous la retrouvons dans le Dialogue de Christophe Colomb et de Gutierrez. Le rivage du Nouveau- Monde semble fuir devant Fintrépide navigateur : ses compagnons se découragent , et luimême est forcé d avouer que le succès de Fentreprise n'est pas absolument certain. « Mais, dit- » il, quand nous ne retirerions de cette naviga- » tien aucun autre bénéfice , je la trouve très- » profitable, en ce sens que pendant un certain
» temps elle nous délivre de l'ennui , naus fait I » aimer la vie, et nous fait apprécier une foule ï » de choses dont nous ne tiendrions pas compte » -eans cela. » Cette morale , si elle devait admettre jusqu'au droit de risquer la vie des autres, ne serait pas du goût de tout le monde. Que dirait-on d'un conquérant alléguant, pour justifier ses caprices belliqueux, qu'il se fût ennuyé à ne rien faire ?
Cependant , il reste une illusion à déraciner. Il est plus facile de se détache» de Tamour de la vie que de lamourde la gloire. « La douceur de la gloire est si grande, dit Pascal, qu'à quelque chose qu'on l'attache, même à la mort, on l'aime. » Leopardi, lui aussi, avoue en vingt endroits qu'il a une passion immodérée pour la gloire- Aussi n'est-ce pas trop, pour réduire en fumée cette séduisante chimère , d'un traité en forme *, dans lequel il accumule, sans parvenir probablement à se persuader lui-même, toutes les ressources de sa dialectique. Nous n'avons plus le traité que Cicéron avait écrit sur la gloire et que perdit au xiv® siècle un des amis de Pétrarque, mais on peut être assuré que celui de Leopardi en est la contre-partie. Ce n'est pas
( Il Parini, owerà délia Gloria (0pp. 1, p. 280-317).