‹ Giacomo Leopardi, sa vie et ses œuvresChapitre 85 sur 123 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

la gloire sans tomber dans une contradiction ; car, comme le dit Pascal après Cicèron et Mon* taigne, « les philosophes mêmes en veulent et ceux qui écrivent contre veulent avoir la gloire d'avoir bien écrit.... »

Du reste , Leopardi ne prétend pas sérieusement donner le change sur sa pensée intime et laisser croire qu'il a triomphé de cette invincible passion de l'immortalité. 11 a laissé un décalque plus hbre et plus fidèle de sa personnalité dans les Dits mémorables de Filippo Ottonieri, recueil de pensées diverses rattachées par un lien flottant et capricieux , à la manière de Xénophon. Le nouveau Socrate s'y montre bien pessimiste et bien peu soucieux de tirer parti de l'existence , mais, qiiand il se compose une épitaphe, il tient à constater que s'il a vécu inutile et obscur, il se sentait «né pour les actions vertueuses et pour la gloire. »

Après avoir dit tant de mal de la vie, Leopardi cherche à parer de fleurs l'entrée du tombeau. La mort n'est pas ce qu'un vain peuple pense , la dernière et la plus vive des douleurs, la séparation violente de l'âme et du corps ; c'est un sommeil qui commence par une douce langueur et se perpétue dans l'éternel repos du néant.

LEOPABDI, SA TIE ET SES QECVRES.

Demandez à ces momies qui se réveillent pour un quart d'heure dans le cabinet de Ruysch :

elles chantent les loisirs inconscients que leur a faits la mort et se rendorment sans regretter la vie.

Il est temps de terminer cet exaineii des Œuvres morales. Aussi bien, l'idée fixe de l'auteur, obstinément placée au premier plan de ces scènes lugubres, inondée d'une lumière blafarde et crue, finit par acquérir un relief puissant et une sorte de rayonnement magnétique qui fascine l'imagination du lecteur. Ce spectre qui veut séduire, ce fantôme qui sourit sous le linceul et qui , de son doigt décharné, indique les régions mystérieuses où coule à pleins bords le fleuve de l'oubli, cette vision qui semble attendre, avec une sérénité confiante , le moment où la raison étonnée va rendre les armes et douter du sens commun, cause à la longue une sorte d'anxiété somnolente à laquelle une intelligence saine a hâte de se soustraire. C'est là le suppKceque l'infortuné Leopardi s'est infligé à lui-même , et dont il a noté stoïquement toutes les phases, sans faire un effort pour y échapper. Il n'a pas écrit une ligne où l'on ne retrouve la trace de ce cauchemar de tous les instants : s'il fait , après Aris-

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