CHAPITRE XIX
équivoque dont Tenfant prodigue pourrait au besoin profiter. Cet excès de zèle rendit nécessaire de la part de Giacoïno un acte d'indè- r pendance. Le 12 mai 1832, il fit insérer dans VAntologia un avis dans lequel il déclarait n'être pas l'auteur des dialogues , et en avertit son père en termes très-mesurés et très-dignes.
« On dit, écrit-il, que le livre a opéré de grandes » conversions grâce à cette opinion qu'il est de » moi. C'est du moins ce que m'ont dit beaucoup » de gens , et le duc de Modène , qui probable- » ment sait à quoi s'en tenir, néanmoins répète » publiquement que je suis bien lauteur, que j'ai » changé d'opinions, que je me suis converti, » et que c'est ainsi qu'a fait Monti et que font » les gens de bien. Et partout on parle de » ce que les uns appellent ma conversion et » les autres mon apostasie. J'ai hésité quatre » mois, ,et à la fin je me suis décidé à parler » pour deux raisons. La première, c'est qu'il » m'a paru indigne de m'approprier dans une » certaine mesure le bien d'autrui , surtout » quand il s'agit devons. Je ne suis pas homme » à me parer du mérite des autres. Si l'on » m'avait attribué le roman deManzoni , j'aurais » démenti ce bruit ^ans tous les journaux , et
» cela non pas au bout de quatre mois , .mais le » jour où je Tauraîs su. L'autre raison .est que » je ne veux ni ne -dois souffrir de passer pour » converti, d'être assimilé à Monti. Je n'ai » jamais été irréligieux , ni révolutionnaire» ni » de fait ni de principes. Si mes principes ne » sont pas précisément ceux que l'on professe » dans ces petits dialogues , principes que du » reste je respecte en vous et en quiconque les » professe de bonne foi , ils n'ont cependant » jamais été tels que j'aie dû ou que je doive ou » que je veuille les répudier. Mon honneur exi- » geait que je déclarasse n'avoir pas changé un » iota de mes opinions, et c'est ce que j'ai entendu » faire et que j'ai fait dans les journaux dont » j'ai pu disposer. »
. La leçon était rude et le comte dut la trouver d'autant plus intempestive que, comme pour justifier ses craintes, le gouvernement florentin venait d'interdire l*i publication d'un journal hebdomadaire , lo Spettatore fiorentino , dont Leopardi devait être le rédacteur en chef nominal.
Mais , à cette époque, le malheureux poète, abattu par la douleur, était hors d'état de commettre des imprudences politiques. Il se repliait