CHAPITRE XIX
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de plus en plus sur lui-même : il se réfugiait dans Jatteiite de la mort, sans pouvoir se dérober * assez à l'irrésistible séduction de la vie pour que les orages du cœur ne vinssent pas lui livrer un dernier assaut. Cette révolte suprême d'un cœur trop sensible est restée pour nous un secret. Au mois d'octobre 1831 , Leopardi s'enfuit à Rome sans expliquer à personne cette résolution soudaine: « Dispense-moi, écrit-il à son frère, de te » raconter un long roman, beaucoup de douleurs » et beaucoup de larmes. » Avait-il été frappé , dans le salon de Charlotte Bonaparte où l'avait conduit Giordani, de quelque passion sans espoir comme celle qui , à quelques années de là , conduisait Léopold Robert au suicide?
En tout cas, rien ne fait croire que l'amour du poète se soit adressé, comme celui du peintre, à la princesse elle-même. Leopardi est très-flatté que la jeune veuve ait « mis Florence sens dessus dessous » pour la déterminer à aller chez elle, mais rien n'indique qu'il ait éprouvé autre chose qu'une satisfaction d'amour-propre. «Char- » lotte Bonaparte», écrit-il (en français) à Pauline, « est une charmante personne , pas belle , » mais douée de beaucoup d'esprit et de goût , » et fort instruite. Elle dessine bien, elle à de
» beaux yeux. J'allai la voir hier au soir pour » la troisième fois : elle avait été malade pen- » dant plusieurs jours. Elle me pria d'inscrire » mon nom dans son album ; cela signifie que » je dois lui faire un compliment par écrit.
» Comme je n'aime pas les impromptus, je de- » mandai du temps. Elle me fit promettre que » je retournerais ce soir, préparé ou non. » Ces insistances aimables eussent fait rêver un fat, mais le pauvre poète, humilié de sa difformité et timide même devant les jeunes filles de son pays, était teut le contraire d'un fat. En outre, il nous peint la femme qui l'a séduit entourée cte ses enfants , et Charlotte n'en eut jamais. Du reste, la façon dont le poète déçu traita plus tard son Aspasie, nous ôte l'envie de chercher quelle est celle que poursuivit sa muse vindicative.
Il y a longtemps que les Grecs ont appelé l'amour « l'inévitable ». En effet, dit le misogyne Euripide, « les amours ne sont pas au » choix des mortels, et ce n'est pas une maladie » voulue ». Cette secousse qui entretient le mouvement de la vie universelle, et dont l'homme seul a su faire un malheur , n'épargne pas toujours les âmes qu'elle peut briser. Pope