‹ Giammaria Ortes Un Vénitien du SettecentoChapitre 103 sur 197 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

4, — Part. II, sc. VI, p. 101.

ce châtiment : « Parjure ! » La nymphe cruelle comprend que tout est fini. Son pouvoir évanoui, la vengeance est proche. Elle la sent déjà, implacable, dans sa chair frémissante :

« Par che di questo sasso

La durezza mi cinga, il gel si stenda Per le mie fibre, e dal suo peso oppresso Il gravoso mio fianco

Par che s’interni in esso »!.

Effectivement, dans une apothéose finale, Calypso se trouve changée en rocher, tandis qu’une partie des arbres enchantés redevient des hommes et des femmes qui vont former le ballet dirigé par Eucarie, désormais reine d'Ogygie à la place de Calypso châtiée par les Dieux.

Parmi les quatre Personnages du drame, il n’est guère que Calypso, sujet central, dont le caractère soit vraiment poussé à fond. On retrouve chez elle, en effet, tout le dédain instinctif de la femme pour l’homme qui l’adore et qu’elle n’aime pas ; toute sa rouerie pour savoir si sa tendresse est partagée ; toute sa duplicité nour tromper une rivale préférée ; toutes ses lâchetés et ses intrigues pour aboutir à ses fins ; toutes ses révoltes et ses colères devant son amour méprisé. On suit encore le développement tortueux de la haîne en son cœur orgueilleux de souveraine dont la puissance, les faveurs et la beauté, tout ensemble méprisées, animent et exaspèrent une vengeance implacable.

C’est là Calypso : elle berne impudemment Néarque, instrument docile et aveugle, qui l’aime et qu’elle méprise ; elle se joue d’Eucarie pour s'assurer, par son entremise bénévole et confiante, si Télémaque ne partage pas son amour ; elle paie la loyauté de sa suivante de la plus outrageante ingratitude ; elle met tout en œuvre — feint même une fausse humilité — pour séduire Téléma-

que, et, pour lui faire prendre en haine Eucarie, n’hésite pas à la noircir indignement ; comme elle ne craint pas de s’abaisser en menaces redoutables quand elle comprend ne jamais pouvoir séduire le jeune prince généreux.

Cet ensemble complexe de sentiments heurtés et contradictoires est parfaitement traité, et s'oppose avec force au caractère des autres personnages du drame, esquissés avec moins de détails, et, du reste, d'importance secondaire.

C’est Télémaque qui nous apparaît à la fois simple, tendre et fidèle dans sa passion, habile à résister à la tentatrice, énergique dans ses décisions, courageux et fier devant le destin redoutable que lui fait entrevoir la furie déchaïnée par son indifférence.

C’est Néarque, jouet docile dans les mains d’une magicienne habile qui domine en despote sa nature dévouée, son cœur aimant, son esprit en vérité bien obtus.

C’est Eucarie, douce, sincère, dont les efforts désintéressés, et douloureux à son cœur aimant, pour gagner a Calypso, contre elle-même, la tendresse de Télémaque, sont récompensés d’une disgrâce aussi cruelle qu'injuste.

Entre ces quatre protagonistes, l'intrigue se déroule avec logique et netteté dans une langue non dépourvue de vivacité, ni de force, lorsque, par exemple, Calypso chasse Télémaque ! ; ou, se ravisant, envoie Néarque le retenir ? ;jou se décide, malgré son orgueil, à céder à son amour *.

1. — Parti, io l’impongo, a quella gloria stessa Obbliata da te. Più non vedrai Eucari nè Calisso. A Stige il giuro. Parti. Vinto da me, più non ti curo. (Part, I, sc. V. p. 74).

2. — Eh va! Pensa ch’io voglia Sugli occhi tuoi punirlo, ingiuriarlo, Confonderlo, scacciarlo… (Part. II, sc. II, p. 86). 3. — Più simular non giova.

Gettato è il dardo, e richiamarlo è vano.

Nel contrasto d’amor, d’ira, d’orgoglio, Deciso à il cor. Divampi L’incendio in libertà.… (Part. II, sc. III, p. 87). Voir encore, à titre d'exemple, les objurgations de Télémaque à Néarque, pour tenter de l’arracher à l'emprise de Calypso (Supra, p. 245 et n. 1).

Les descriptions sont heureuses, quand, notamment, la nymphe fait miroiter aux yeux de Télémaque les délices d’Ogygie : ; les nuances psychologiques finement notées, que le fils d'Ulysse se fasse pressant auprès d’Eucarie pour lui arracher son aveu?, que celle-ci s’affole de la disgrâce soudaine qui la frappe, ou que Néarque, dans sa détresse morale, avoue son impuissance à rompre des liens tout la fois haïs et chers :.

Nul doute que ce drame, ainsi conçu, ainsi traité, n’eût trouvé un accueil chaleureux à la scène. Ortes ne put cependant le faire représenter, et pour des raisons de rivalités d’interprètes qu’il note de plaisante façon, avec une conciliante philosophie *.

On le voit, cette tragédie-type respectait scrupuleusement les règles que, d’après Ortes, devraient observer les actions de cette sorte. Elle est une application stricte des principes théoriques par lui exposés‘.

1. — Ove gli ozi festivi, I molli scherzi, i placidi riposi Invitano alternando À provocar col proprio Il gaudio altrui… (Part. II, sc. V, p. 97.

D Ares eee E pur solevi Più cortese altre volte Accogliermi, ascoltarmi, Assicurarmi che il maggior nemico Di mia felicità sul tuo bel core Era quel mio dover troppo severo. (Part. II, sc. III, p. 64. 3. — Qual gelo al cor mi piomba Improvviso à’ tuoi detti! (Part. II, sc. I, p. 80). Gelido per le vene Scorre il mio sangue e tardo ;… (Ibid., p. 81). 4, — Aggiugner puoi ch’io son codardo, infido, Degenere, incostante....

Me ed io che fuor di questo Mio tranquillo riposo altro non chiedo, Son pago……. (Part. IL SC, IV: D 900:

5. — « L’Azione seguente non fù poi eseguita per le difficoltà che s’erano prevedute. Massime da quella di accordare sulla scene il decoro d’una cantatrice con quello d’una ballerina e le prerogative dell’una colle convenienze dell’altra, al che non fù possibile trovar modo o ripiego. » (Note manuscrite à la suite des Rifless. sopra à Drammi per Musica, p. 42).

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